Alors que les positions se cristallisent entre les pro- et les anti-vaccins en Suisse, comme un peu partout dans le monde, les responsables du futur Centre médical des Cadolles à Neuchâtel ouvrent une voie inédite. Pour travailler dans la nouvelle institution qui ouvre ses portes en février 2022, les futurs employés devront présenter un «passeport vaccinal» contre le Covid-19 dans leur dossier de candidature. Sans quoi, ils ne seront pas retenus.

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«On entend beaucoup parler aujourd’hui de certains membres du corps médical qui refusent de se faire vacciner contre le Covid-19. C’est inadmissible. Nous sommes le personnel soignant. Nous devons montrer le chemin et travailler à une responsabilité collective», précisent d’une même voix Christophe Racine et Yves Yamgoue, président du conseil d’administration et directeur médical du centre.

«Nous profitons de l’ouverture prochaine du Centre médical des Cadolles pour donner le ton. Ainsi, nos futurs patients franchiront la porte de notre institution avec la certitude que la quarantaine d’employés du centre est vaccinée», complète le directeur, Pascal Locatelli.

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Une demande de la patientèle

Le Centre médical est privé, ce qui facilite ce genre d’imposition à son personnel. «C’est en même temps une ligne de conduite que nous nous fixons et une réponse aux demandes des patients», développe Raphaèle Tschoumy, directrice de la communication. «A-t-on raison de se rendre dans un établissement de soins où le virus peut circuler plus librement à cause des soignants qui refusent de se faire vacciner?» A quelques mois de l’inauguration du centre, le coup est également marketing.

La clinique cherche à engager une cinquantaine d’employés, des soignants et du personnel administratif. Tous devront être vaccinés, même s’ils ne sont pas en contact direct avec les patients. «Un employeur peut parfois demander à un futur employé de passer son permis de conduire pour avoir le poste, exiger que la personne se fasse vacciner, cela ne nous semble pas plus excessif», compare Raphaèle Tschoumy.

La question est plus délicate concernant le personnel déjà engagé dans le groupe. Que ce soit dans les permanences, à la clinique Volta à La Chaux-de-Fonds et à Fleurier ainsi qu’au Centre médico-chirurgical de Nyon: les dirigeants étudient actuellement la possibilité d’imposer la vaccination à tout le personnel actuellement en place, soit environ 200 personnes.

Un ministre méfiant

La posture est «éthiquement problématique», selon Laurent Kurth, conseiller d'Etat neuchâtelois en charge de la santé. «Qu'est-ce que cette clinique fera lors du prochain problème de santé publique, lorsque ses soignants refuseront les nouvelles mesures? Les licenciera-t-elle?», demande-t-il. Pour lui, c'est avant tout un «gros coup de com' qui surfe sur la vague de l'actualité».

Le ministre neuchâtelois redit pourtant l'importance de la vaccination, et appelle toute la population à considérer sa dimension collective «afin d'endiguer une troisième ou quatrième vague». «Je ne comprends pas l'attitude des soignants qui prennent le risque d'infecter des patients, mais malgré cela, je suis très attaché à ce que la vaccination reste un choix», tempère-t-il.