Il faut sauver la loi sur les stupéfiants. C'est l'avis émis par la Commission de la sécurité sociale et de la santé du National, qui a lancé en février une initiative visant à relancer le processus législatif interrompu par le refus du National d'entrer en matière sur le projet du Conseil fédéral en juin 2004. C'est également celui d'un groupe de spécialistes de la thérapie et de la prévention et de parlementaires fédéraux qui se sont réunis mercredi à Berne. Le chemin indiqué est le même dans les deux cas. Il faut reprendre les points du projet écarté en juin sur lesquels il est possible de réunir une majorité et chercher un nouveau compromis sur la question qui fâche: le statut du cannabis.

«Sur le terrain, il est de plus en plus difficile de travailler dans le flou actuel, assure Viviane Prats, présidente du Groupement romand d'étude de l'alcoolisme et des toxicomanies (Great). Beaucoup d'institutions craignent pour leur financement. Nous devons avoir une loi-cadre pour consacrer une approche thérapeutique diversifiée, qui offre aux personnes dépendantes ce dont elles ont besoin au moment où elles en sont de leur parcours personnel: une aide pour parvenir à l'abstinence, un traitement de substitution, des soins de santé primaires.»

Ressusciter un consensus

Pratiquement, c'est bien la ligne qui reste suivie, loi ou pas. Mais le temps passe, les politiciens changent, les caisses publiques se vident et le flou s'installe, avec la crainte de voir certaines avancées menacées. Une nouvelle loi, espèrent les gens de terrain, permettrait de donner une nouvelle impulsion à la politique suisse de la drogue.

Un but d'autant plus réaliste a priori que cette politique semble toujours reposer, pour l'essentiel, sur un consensus assez large. Si les prescriptions d'héroïne, par exemple, sont toujours contestées dans certains milieux politiques, elles se déroulent depuis des années sans problèmes notoires, ont reçu l'aval du souverain en 1999 et semblent toujours pouvoir compter sur un soutien majoritaire au parlement. De même, les échanges de seringues et, là où ils ont été implantés, les locaux d'injection sont bien acceptés.

Mais il y a le cannabis. Sur ce point, les positions restent éloignées, de l'initiative des Verts demandant la mise en place à titre expérimental d'un marché régulé à celle du PDC qui prévoit de maintenir la pénalisation de la consommation mais de limiter les sanctions à des amendes d'ordre. Les organisations de spécialistes de la toxicomanie, elles, sont favorables depuis longtemps à une dépénalisation de la consommation de toutes les drogues.

Sera-t-il possible de concilier ces différents points de vue? C'est en tout cas la tâche à laquelle le groupe réuni à Berne veut s'atteler. La politique des quatre piliers est issue d'une plate-forme commune sur laquelle s'étaient unis les partis présents en son sein. Les spécialistes espèrent ressusciter un consensus de ce type. L'exercice, toutefois, impliquera, comme le souligne la conseillère nationale Verte Anne-Catherine Menétrey, une grande aptitude au compromis. Dont il n'est pas sûr qu'elle soit aujourd'hui disponible en aussi grande quantité qu'à la fin des années 1980.