La polémique qui entoure les méthodes contestées du Service cantonal valaisan de la chasse commence à enfler dangereusement autour de son chef, l'inamovible Narcisse Seppey, en poste depuis 1983. Dimanche dernier, l'hebdomadaire alémanique SonntagsZeitung dévoilait l'existence d'un rapport administratif consacré au fonctionnement de ce service. Ce document, daté de 1999, dont Le Temps a reçu copie, appuie sur plusieurs points les critiques adressées de longue date à Narcisse Seppey, notamment de la part des organisations écologistes. Sa sévérité est d'autant plus remarquable que ses trois rédacteurs, l'actuel conseiller national Stéphane Rossini (soc.), l'avocat Urban Carlen, et le président des chasseurs valaisans Philippe Resenterra, sont eux-mêmes chasseurs.

La commission d'enquête à l'origine du rapport a été constituée en 1998 pour faire la lumière sur les accusations portées à l'encontre du Service de la chasse par le président d'une société de chasseurs haut-valaisans, Helmut Kiechler. Ses conclusions, rendues en septembre 1999, sont favorables à Narcisse Seppey sur plusieurs points: la gestion financière du service semble bonne, les effectifs de gibier sont stables et causent peu de dégâts aux forêts, les rapports avec les chasseurs sont détendus.

Dans d'autres domaines, en revanche, les auteurs s'inquiètent des libertés prises par les fonctionnaires placés sous les ordres du «Chamois d'Hérens» avec les lois qui régissent la pratique de la chasse dans le canton. Ainsi le Service n'a-t-il pris aucune sanction à l'égard de Gotthard Squadratti, président de la Fédération des chasseurs du Haut-Valais, qui avait été chargé par lui de former les nouveaux chasseurs. Gotthard Squadratti avait pourtant appelé ses jeunes élèves au braconnage des lynx, un animal protégé, et s'était même vanté, photo à l'appui, d'en avoir abattu un lui-même. Avertie par le service en 1996 seulement, soit près de dix ans après les faits, la justice valaisanne avait choisi de classer l'affaire. Un autre braconnier avéré, résidant à Dorénaz, dans le Bas-Valais, avait eu droit au même traitement de faveur. «La protection du lynx n'a pas reçu (du Service de la chasse, ndlr) l'attention exigée par la loi», estiment les auteurs du rapport. Le cas d'un troisième braconnier, qui chassait les cerfs à la torche électrique et n'a pas été dénoncé, est également évoqué, avec cette remarque: la pratique concernant les cas de braconnage est disparate et donc «insatisfaisante».

Permis de complaisance?

Le rapport dénonce également la pratique consistant à accorder des permis de chasse à des policiers sans aucune formation dans ce domaine. «La dispense d'examen accordée aux policiers manque d'une base légale suffisante», indiquent les rapporteurs. Cette habitude s'explique peut-être par le fait, relevé par les députés, que le Service de la chasse est essentiellement composé d'anciens policiers… A peine moins douteuse du point de vue juridique est la gestion par le service des permis exceptionnels accordés à des non-chasseurs contre paiement, ou à titre gracieux. «Il manque une réglementation transparente dans ce domaine, un contrôle des autorisations accordées, et la liberté de manœuvre de l'administration est très grande», indique le document.

Le Service cantonal de la chasse est aussi accusé de mensonge pour avoir, en 1996, nié avoir reçu la plainte de deux femmes qui avaient été mises en danger de mort par des chasseurs de cerfs près de Reckingen, dans le Haut-Valais. Narcisse Seppey avait déclaré par écrit n'avoir été informé d'aucune récrimination: «Cette affirmation […] est fausse», constate simplement le rapport. Enfin, le document souligne aussi l'insuffisance notoire de la formation des inspecteurs de la chasse dans le canton, notamment en matière de biologie animale, et la «réglementation rudimentaire» régissant ce domaine.

Narcisse Seppey ne veut pas commenter le contenu du rapport, s'estimant tenu au silence par son devoir de réserve de fonctionnaire. «J'ai l'esprit tranquille», précise-t-il cependant. Le chef du Service cantonal de la chasse avait déposé plainte contre son accusateur Helmut Kiechler, ce qui avait amené ce dernier à retirer une partie de ses affirmations. Le conseiller d'Etat démocrate-chrétien Jean-René Fournier, dont dépend le Service de la chasse, n'a pas souhaité se prononcer. Dans les milieux écologistes, en revanche, la satisfaction est de mise: cela fait longtemps que les organisations de défense de l'environnement accusent le chef du Service de la chasse de régner en maître absolu sur son administration et faire preuve de complaisance concernant le braconnage des espèces protégées.