Les autorités vaudoises et fribourgeoises voulaient savoir si les chalets situés dans la Grande Cariçaie, sur la rive sud du lac de Neuchâtel, étaient compatibles avec les dispositifs fédéraux de protection de la nature et du paysage. La réponse est «non» pour les 67 chalets vaudois comme pour les 120 fribourgeois. La Commission fédérale pour la protection de la nature et du paysage (CFNP), qui statue en la matière, a communiqué le résultat de son expertise à la fin de 2012 au canton de Fribourg et au début du mois de juillet au canton de Vaud. Celui-ci a fait connaître ce lundi le préavis de la commission.

La CFNP encourage donc les deux gouvernements «à prendre toutes les mesures nécessaires à un démantèlement des constructions et à une renaturation des sites, chaque fois que l’occasion se présente».

Les chalets de la Grande Cariçaie alimentent un feuilleton sans fin. Les droits de superficie des années 1950 et 1960 sont arrivés à échéance trente ans plus tard. A partir de là, la controverse a enflé et les organisations de protection de la nature ont exigé la démolition des habitations.

Rien que ces trois dernières années, les tribunaux ont débouté tour à tour les propriétaires puis les services de l’Etat. En 2010, les juges cantonaux ont désavoué une solution de compromis acceptée tant bien que mal par tout le monde. Il s’agissait de concocter des contrats dits «nature». Renouvelables tous les cinq ans, ces baux prévoyaient notamment qu’un cabanon, à la mort de son propriétaire, ne pourrait revenir qu’à son conjoint et à ses descendants directs. Ceci pour qu’à terme, le nombre de chalets diminue.

L’année suivante, le Tribunal fédéral a autorisé les cantons de Vaud et de Fribourg à classer ces rives en réserve naturelle, contre l’avis des propriétaires.

Pas d’analyse objective

Vaud et Fribourg vont désormais se coordonner afin de donner une suite à ce dossier sensible. Tellement sensible d’ailleurs que les associations de défense de l’environnement reprochent aux deux Conseils d’Etat de différer à dessein toute action qui pourrait susciter l’ire des utilisateurs des cabanons.

Tout d’abord, «nous allons informer les communes et les propriétaires», a précisé Cornelis Neet, directeur général de l’environnement du canton de Vaud. «Le préavis n’aboutira vraisemblablement pas à un maintien des constructions», a-t-il avancé, répondant à l’ATS.

Pour Edmond de Braun, avocat des propriétaires vaudois, «le préavis n’est pas le fruit d’une analyse objective». Il annonce la demande d’une contre-expertise. Par ailleurs, il rappelle que tant que les chalets disposent des droits nécessaires, donc de baux, ils ne peuvent pas être démolis. Enfin, le juriste indique encore que le TF envisageait des solutions cas par cas alors que les deux cantons pencheraient plutôt pour une solution globale. Edmond de Braun répète à qui veut l’entendre que les plus grands ennemis de la réserve sont l’érosion et l’atterrissement, voire l’armée qui utilise la réserve pour des tirs, pas les cabanons. La saga des chalets risque de durer encore longtemps .