Les Erythréens sont ces derniers temps bien malgré eux sur le devant de la scène politique suisse. Le Conseil des Etats vient d’avaliser mercredi une décision adoptée en juin par le National les concernant: le seul motif de désertion ne donnera désormais plus droit à l’asile. La mesure devrait entrer en vigueur dès la fin du mois. Son origine? Depuis un jugement de l’ex-Commission de recours en matière d’asile de décembre 2005, les déserteurs érythréens obtiennent quasiment systématiquement le statut de réfugié. Cette décision a provoqué une hausse importante des demandes, avec un bond de 655% entre 2005 et 2006. Depuis, les Erythréens figurent en tête des demandeurs d’asile. Ils étaient 3356 à venir en Suisse en 2011, 86,5% de plus qu’en 2010. Le parlement a voulu mettre fin à cette attractivité.

Un «impôt révolutionnaire»

De fait, chaque Erythréen qui fuit son pays peut être considéré comme un déserteur en raison de l’enrôlement obligatoire dans l’armée qui y sévit, et qui touche aussi les femmes. Si le requérant parvient à démontrer qu’il risque de graves persécutions en cas de renvoi, il devrait continuer à bénéficier d’une protection de la Suisse. Au moins une admission provisoire. Pas sûr dès lors que les demandes baissent.

La communauté érythréenne est très discrète. Elle fait très peu parler d’elle. Contrairement aux Tunisiens aujourd’hui dans le collimateur des autorités, les Erythréens n’apparaissent que rarement dans les statistiques policières. Parce que la perspective de pouvoir rester en Suisse favorise leur intégration. Mais aussi parce qu’en Erythrée, le moindre petit délit pouvait avoir des conséquences dramatiques.

Les pressions subies au sein de la diaspora et la crainte d’être surveillés par des sbires du régime, avec de possibles répercussions néfastes sur la famille restée au pays en cas de comportement jugé inadéquat, y sont aussi pour beaucoup. Une certaine paranoïa s’installe. Les Erythréens réfugiés en Suisse sont parfois soumis à un «impôt révolutionnaire», une taxe de 2% sur leur revenu prélevée par l’ambassade, et victimes de racket. Selon des témoignages, certains sont contraints de participer à des manifestations pro-régime. Comme celle de février 2010 à Genève qui dénonçait les sanctions de l’ONU. La plupart des Erythréens préfèrent donc, dans ces circonstances, faire profil bas et se fondre dans la masse. Certains vont jusqu’à simuler des sympathies pour le régime d’Asmara. Car leur talon d’Achille reste la famille au pays.