Justice

Une condamnation aux Etats-Unis d’un ancien chef de guerre libérien pourrait influencer la justice suisse

«Jungle Jabbah», ancien chef de guerre libérien, appartenait au même groupe armé qu’Alieu Kosiah, accusé en Suisse de crimes de guerre, et dont le procès devrait avoir lieu en 2018 à Bellinzone

Mohammed Jabbateh, alias «Jungle Jabbah», vient d’être reconnu coupable par la Cour de justice fédérale de Philadelphie. Cet ancien commandant durant la guerre civile qui a déchiré le Liberia entre 1989 et 1996 répondait de fraude dans ses documents d’immigration et de parjure pour avoir menti aux autorités américaines. Il avait omis de déclarer qu’il était le chef d’un groupe armé appelé Ulimo (United Liberation Movement of Liberia for Democracy) et qu’il avait été impliqué dans la guerre civile.

Condamnation historique

Le verdict de culpabilité prononcé par les douze jurés populaires de la cour est tombé jeudi, après deux semaines d’un procès qui s’est tenu en même temps que les élections libériennes. La peine sera communiquée dans quelques mois.

Ce procès aura surtout fourni la première occasion à des victimes du conflit libérien de témoigner des crimes de guerre dont des ONG accusent «Jungle Jabbah». «C’est le premier procès dans l’histoire contre un commandant de l’Ulimo, se félicite l’avocat genevois Alain Werner, directeur de l’ONG Civitas Maxima, qui a assisté aux débats après avoir collaboré avec la justice américaine. De même, c’est la première fois que des victimes témoignent de ces crimes. Cette condamnation est historique.» L’ancien commandant pourrait être condamné jusqu’à 30 ans de prison, si la sanction maximale était prononcée pour les divers délits dont il est reconnu coupable.

Si aucun représentant n’a été envoyé à Philadelphie, nos procureurs spécialistes ont suivi avec attention le développement du procès de Mohammed Jabbateh

Anthony Brovarone, porte-parole du MPC

Malgré les milliers de kilomètres qui nous séparent de Philadelphie, ce procès aura sans doute un effet sur la justice suisse. En effet, les crimes dont est accusé «Jungle Jabbah» résonnent avec ceux qui sont reprochés à Alieu Kosiah, ancien commandant emprisonné à Berne depuis décembre 2014.

Contacté, le Ministère public de la Confédération confirme avoir suivi lui aussi la procédure avec intérêt. «Si aucun représentant n’a été envoyé à Philadelphie, nos procureurs spécialistes ont suivi avec attention le développement du procès de Mohammed Jabbateh, explique Anthony Brovarone, porte-parole du MPC. Les conclusions de ce dernier auront forcément un intérêt pour nous eu égard à l’implication des deux personnes au sein du groupe rebelle.»

Près de vingt témoins entendus

Alors qu’ils ne connaissaient rien ou presque de la guerre civile particulièrement brutale qui a fait entre 100 000 et 250 000 victimes au Liberia dans les années 1990, les jurés américains ont entendu près de vingt témoins. Sous leurs yeux effarés, ils ont entendu des hommes et des femmes raconter comment «Jungle Jabbah» et ses troupes avaient pillé, tué et violé de simples villageois. Lors d’un témoignage particulièrement choquant, l’une des victimes a raconté comment les forces Ulimo l’avaient forcée à cuisiner le cœur de son mari.

Campagne sur les réseaux sociaux

Si l’accusé est resté impassible depuis le début du procès, Mohammed Jabbateh s’est présenté comme une victime, lui aussi, en arrivant aux Etats-Unis. Venant de l’ethnie mandingue qui a été massacrée par les forces de l’ancien président Taylor, Jabbateh est encore considéré par une grande partie de sa communauté comme un héros. Montrant son dos, il a fait état de tortures qu’il aurait subies.

Afin de mobiliser la population civile libérienne à lutter contre l’impunité, l’association Civitas Maxima et son partenaire à Monrovia, Global Justice and Research Project, ont lancé en parallèle la campagne sur les réseaux sociaux intitulée «La quête de la justice pour le Liberia» (@quest4liberia).

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