«Est-ce que vous avez tué des prêtres et des réfugiés?» demande l'interlocutrice. «Oh, nous n'avons rien laissé mais nous sommes devenus insensibles», répond le bourgmestre de Mushubati. Cette conversation téléphonique, enregistrée lors de l'enquête préliminaire, a été dévoilée mardi pour la première fois au procès. Interrogée sur le sens de ces paroles par les défenseurs de N., celle qui occupait un poste administratif à l'évêché de Kabgayi avant d'être surnommée la «secrétaire génocidaire» rétorque: «C'est un langage imagé.»

Un nombreux public, composé d'une majorité de Rwandais, s'est déplacé pour assister à l'audition des témoins devant le Tribunal militaire. Des murmures de réprobation ont envahi la salle lorsque certains Hutus ont affirmé n'avoir jamais aperçu de cadavres, ni assisté à des tueries. Seulement des pillages. Pour ces personnes, qui déposaient également sous le couvert de l'anonymat, le bourgmestre était un homme pacifique qui avait sauvé certains de ses compatriotes. «Il a même accueilli durant deux mois en Suisse un enfant tutsi dont les deux mains avaient été coupées par l'explosion d'une grenade, cela dénote son sentiment d'humanité», précise un témoin avant de critiquer «la chasse à l'homme» dont est victime l'accusé.

La déclaration d'une rescapée de Kigali a suscité l'émotion dans la salle du tribunal. Placée dans un rang pour être fusillée face contre terre, elle a été sauvée par son enfant. En souriant et en touchant le fusil du militaire qui devait procéder à l'exécution, le petit a réveillé une lueur d'indulgence. La mère et l'enfant ont eu la vie sauve tout en étant contraints d'enterrer les victimes du massacre. Le témoin, qui s'est ensuite réfugiée dans le camp de Kabgayi, a raconté comment elle avait vu son amie enceinte de huit mois être emmenée sous ses yeux sans jamais revenir. Celle-ci était originaire de Mushubati. Le procès de N., accusé de crimes de guerre, assassinat et instigation à assassinat, reprendra jeudi avec d'autres témoignages.