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GOûTER avec christian van SINGER

Une conviction antinucléaire née à Kaiseraugst

L’écologiste vaudois a participé, au début des années 1980, à l’occupation du site où devait se construire le sixième réacteur nucléaire suisse. Il espère que la catastrophe de Fukushima permettra de vraiment changer la politique énergétique

«J’ai très mal dormi dans la nuit du 11 au 12 mars. J’étais très inquiet. En tant que physicien, je savais que la moitié des accidents nucléaires surviennent à cause de problèmes de refroidissement suite à l’arrêt d’urgence des réacteurs.»

Christian van Singer, 61 ans, conseiller national vaudois membre du parti des Verts, croit vivre les étapes d’un scénario catastrophe qui était, jusque-là, uniquement décrit dans les livres qu’il a potassés dans les années 1970 avant d’obtenir son master en Energie à l’EPFL. «Défaillance du réacteur 1, puis du réacteur 3, puis du réacteur 2, graves problèmes de refroidissement des piscines, explosions plus ou moins volontaires pour faire baisser la pression dans les cuves des réacteurs, énumère-t-il. C’est terrible. Dans leur grand malheur, les Japonais ont beaucoup de chance. Que se serait-il passé si le vent n’avait pas soufflé en direction de l’océan?»

L’écologiste aurait de quoi en avoir l’appétit coupé. Mais le côté rationnel de cet enseignant de maths et de physique durant une trentaine d’années reprend le dessus. Christian van Singer n’a pas changé ses habitudes alimentaires depuis le 11 mars et s’apprête, comme chaque année, à planter de la salade à tondre dans son jardin de Lutry. «J’adore jardiner. Cela me vide la tête et me permet de faire un peu d’exercice physique», explique-t-il, à la table du restaurant lausannois où il a donné rendez-vous au Temps. S’il se contente, ce jour-là, d’une tarte maison et d’une tasse de thé, ce n’est pas par manque d’appétit, mais parce que l’heure du rendez-vous ne coïncidait plus vraiment avec celle du repas principal.

«Vous connaissez les calculs de probabilité? Que veut dire une crue ou un séisme millénaire?» lance-t-il, un brin professoral, en évoquant le système de calcul de résistance des centrales nucléaires. Le journaliste, bon élève, donne la réponse exacte. Mais, sans se démonter, le scientifique entré en politique rétorque. «Je suis sûr qu’une grande partie de vos lecteurs pense qu’un tremblement de terre de forte amplitude, qui risque de se produire une fois par siècle, n’arrivera pas avant mille ans. C’est évidemment faux. Il peut se produire demain. Ce n’est pas parce que le risque est faible qu’il est reporté dans le temps.»

Le conseiller national vient de déposer une motion demandant l’arrêt immédiat des plus anciennes centrales (Mühleberg et Beznau), mises en service au début des années 1970, jusqu’à l’établissement d’un rapport de sécurité par des experts neutres. L’argument des Forces motrices bernoises (FMB), selon lequel la centrale de Mühleberg n’est en rien comparable à celle de Fukushima car elle a été «améliorée» pour plus que sa valeur de construction, est immédiatement balayé. Christian van Singer joue, comme à son habitude, plus sur le registre didactique que polémique. «Si vous vous présentez au service des automobiles avec une 2 CV (Citroën) ou une 4 L (Renault) des années 1970 parfaitement entretenue, croyez-vous que vous pourrez convaincre l’inspecteur qu’elle est aussi sûre que le dernier modèle de VW Polo ou de Fiat Panda? Il vous rira au nez.»

Tout est dit. Ou presque. Lorsque l’avocat du diable avance que FMB a tout de même renforcé la résistance de l’installation aux séismes et multiplié les systèmes de secours, Christian van Singer soupire et s’énerve un peu. «Le réacteur de Mühleberg est de la même génération que celui de Fukushima. Il est impossible de changer la structure et l’architecture de cette vieille centrale nucléaire.»

L’Inspection fédérale de la sécurité nucléaire (IFSN) n’est-elle pas fiable? «Ma confiance dans l’IFSN, explique le Vaudois, est malheureusement limitée car elle n’est composée que de pronucléaires qui souvent viennent des grandes entreprises exploitant des centrales, et y retournent en fin de carrière, attirés par des postes bien payés. Les liens entre surveillants et surveillés sont trop étroits.»

Sortir du nucléaire! Le slogan qui a pris la forme d’un mouvement né au début des années 80, dont Christian van Singer était l’un des membres fondateurs, revient sur le devant de la scène. Ce qui paraissait utopique il y a 30 ans pourrait se réaliser en Suisse après la catastrophe de Fukushima. Il n’y a pas de côté revanchard chez celui qui a campé, dans les années 1980, sur le site de Kaiseraugst, près de Bâle, pour empêcher la construction du sixième réacteur en Suisse. A l’époque, le militant écologiste avait déjà en face de lui l’UDC Christoph Blocher dans la peau de promoteur du projet de centrale. «Ma conviction antinucléaire est née à ce moment-là, se rappelle-t-il. Lorsque j’ai vu qu’il y avait des gens assez fous pour vouloir construire une centrale près d’une faille sismique, je me suis dit que je ne devais pas laisser faire une telle bêtise.»

A cette époque, Christian van Singer vivait «en communauté» dans un petit village près de Moudon. Une forme de vie et d’organisation alternative héritée des mouvements d’étudiants de 1968. «J’avais acheté une ferme avec quelques copains. Au fil du temps, les pièces communautaires ont disparu et c’est devenu une sorte de coopérative d’habitation occupée par trois familles», se rappelle-t-il. L’ancien syndicaliste se serait-il embourgeoisé en dix ans? «Ce n’est pas le mot, proteste-t-il. L’envie de changement était toujours la même. Mais l’arrivée des enfants a logiquement conduit à un changement de mode d’organisation.» Les enfants: c’est indirectement à cause d’eux que Christian van Singer a un brin de mauvaise conscience écologiste. Il pratique la plongée dans les eaux paradisiaques de l’océan Indien sans s’y rendre à bicyclette électrique. «Pour faire plaisir aux enfants, déçus de ne pas voir les coraux en surface, détruits par la perturbation atmosphérique El Niño, j’ai commencé à faire de la plongée en famille pour découvrir les coraux intacts à une dizaine de mètres de profondeur, raconte l’écologiste. J’y ai pris goût.» Il se console en se disant que le kérosène dégagé par ses voyages est compensé par le chauffage écologique de sa maison des hauts de Lutry.

Pragmatique, Christian van Singer pense que la catastrophe de Fukushima aura des effets sur la politique énergétique suisse: «Le lobby nucléaire se fera plus discret, même s’il est à craindre qu’il ne lâche pas prise et prenne son mal en patience.» Son espoir, au vu des déclarations de nombreux parlementaires bourgeois, est de pouvoir obtenir une majorité politique autour de programmes d’efficacité énergétique et de promotion des énergies renouvelables.

«On peut économiser l’énergie de deux petites centrales nucléaires sans réduire notre confort, simplement en retirant du marché les appareils électriques les plus gourmands en énergie», explique-t-il, en citant l’exemple des réfrigérateurs dont il ne faudrait conserver que les trois classes les plus performantes. Un système de subventionnement de 10 à 15% devrait également permettre de rayer de la carte, en quinze ans, quelque 200 000 chauffages électriques. Et de conclure: «L’homme n’a pas attendu qu’il n’y ait plus de pierres pour sortir de l’âge de la pierre. Il a mieux à faire que d’épuiser les réserves d’uranium en s’obstinant à utiliser une technologie très dangereuse.»

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