«La crise avec la Suisse? Choukri, ouvre grands les yeux s'essuie le crâne, puis lâche, aucun avis», dit ce jeune serveur d'un café du centre de Tripoli, très fréquenté par les expatriés. Mohsen, chauffeur de taxi, habitué à prendre clients helvétiques, «très généreux», selon lui, affirme lui n'avoir «pas suivi l'affaire. Je suis trop occupé par le boulot et ma famille», dit-il. Sortant lui de la grande prière, Ahmed, non plus n'en sait rien.

La tension qui oppose depuis quelques jours leur pays à l'un de ses partenaires les plus importants ne serait–elle donc pas un sujet majeur pour les Libyens?

Des rencontres comme cela pourraient bien pousser à le croire. La lecture des principaux journaux de la presse locale, tous appartenant au pouvoir, aussi... Vendredi et jeudi, par exemple, ni le Al Fajr Al Jadid, ni Azzah Al Alakhdar, ni El Fatah, les principaux quotidiens gouvernementaux, n'en parlaient. Hormis la couverture d'une manifestation devant l'ambassade suisse, jeudi, la télévision et la radio non plus ne semblent pas en faire de sujet majeur.

«Il ne faut pas se fier à cela», prévient un diplomate occidental. «La Suisse a touché à un point très sensible ici. Arrêter Hannibal, c'est porter atteinte à l'honneur de son père. Et c'est très grave. Les Libyens sont très remontés», explique un autre, originaire du monde arabe.

Comment alors faire baisser la tension? A Tripoli, les observateurs ont tous la même réponse. Il faut non seulement que la Suisse annule l'inculpation du fils du leader libyen, mais aussi qu'elle trouve le moyen de présenter des excuses. «Je ne pense pas que l'exigence soit négociable. Même si les Libyens connaissent parfaitement le système politique suisse, ici, l'arrestation d'une personnalité d'un tel rang est acte grave. C'est un problème de culture, analyse, sous couvert d'anonymat, un enseignant à la faculté de droit et de gestion de l'Université de Tripoli». «Elles peuvent ne pas être directes. Des formules existent et les Suisses, ayant une excellente expérience en matière de diplomatie, peuvent toujours trouver les mots qu'il faut pour calmer la situation», assure t-il.

Et l'opinion helvétique? «C'est vrai que c'est un problème. Et vu le caractère très sourcilleux des Suisses sur l'Etat de droit, cela risque d'être difficile. Mais les dirigeants peuvent trouver la voie qui ne les feraient ni aliéner leur opinion, ni rompre avec leur amis libyens», assure le diplomate occidental. «Il y a juste une chose que les Suisses devraient comprendre. Les choses sont encore trop tendues ici. Mais une fois que la tempête sera passée, les temps va faire son travail», ajoute son homologue arabe. Ce dernier se dit d'ailleurs très confiant, «surtout depuis que l'Algérie et la France, deux pays très appréciés par les autorités libyennes ont été annoncées comme décidées à mener une médiation.