Ruedi Stutz et Christian Stauffenegger n'attendent plus que le feu vert du Valais, qu'ils préféreraient à Berne ou au Tessin également sur les rangs, pour l'extraction de la roche qu'ils souhaitent utiliser en remplacement de celle du Lötschberg, à laquelle ils ont dû renoncer. Et l'attente, ils connaissent. «On a trouvé le temps long», avoue Ruedi Stutz, dix ans après la victoire du projet réalisé avec l'architecte Stephan Mundwiler. La légendaire lenteur bernoise a-t-elle joué? «On n'a jamais vraiment poussé le dossier», admet le conseiller national socialiste Alexander Tschäppät. Certes, il a d'abord fallu transférer ailleurs les 95 places de stationnement de la place Fédérale. Votation «Bundesplatz autofrei» acceptée, nouvelles places de parkings construites, tout semble en place.

C'est là qu'un contre-projet de l'artiste Bettina Eichin, avec pour thématique les droits de l'homme et soutenu par des membres influents de la bourgeoisie locale, menace le projet initial. S'ensuit une lutte politique et médiatique. L'initiative privée se heurte à son tour à une forte résistance, notamment du jury et des spécialistes, qui estiment qu'elle n'a aucune légitimité et que sa thématique est bien trop ciblée pour la place Fédérale. En été 2000, le parlement avalise le projet initial. En février 2001, le Conseil municipal de la ville, qui est propriétaire de la place, donne à son tour le feu vert. Le coût de 7,9 millions de francs sera assuré pour moitié par la compagnie d'assurances La Mobilière, qui décide de fêter ainsi ses 125 ans. Une forme de sponsoring qui déplaît à certains, comme Luzius Theiler, chef de file des Verts. L'objection de sponsoring et de coût exorbitant est balayée par Alexander Tschäppät. «Avec le Grütli, la place Fédérale est la plus connue du pays. Elle vaut la peine qu'on fasse quelque chose de spécial.» L'enthousiasme des concepteurs n'est pas retombé. L'année chargée qui les attend sera la concrétisation d'une victoire «extraordinaire pour nous, notre bureau était tout jeune, rappelle Ruedi Stutz. Et quoi de mieux que la place Fédérale?»