Tous les indices concordaient depuis plusieurs jours: on sentait que Pascal Couchepin quitterait le Conseil fédéral après la votation du 27 septembre sur la hausse de la TVA pour l’assurance invalidité. On pensait qu’il tirerait sa révérence le 30 septembre, ce sera en fait le 31 octobre. Restait une grande question: quand allait-il annoncer sa décision?

Il aurait pu attendre la rentrée d’août, mais cela aurait laissé peu de temps à son parti – et peut-être aux autres aussi – de préparer des candidatures, l’élection de son successeur étant d’ores et déjà agendée au mercredi 16 septembre. Il était donc possible qu’il décide de communiquer sa décision avant l’été. On pensait à l’une des dernières séances du gouvernement avant l’été. Mais Pascal Couchepin, afin d’assurer la surprise, a préféré faire usage du droit qu’ont les conseillers fédéraux de faire part de leur décision un jour où le gouvernement ne se réunit pas.

Il a ainsi choisi le dernier jour de la session d’été, ce vendredi, profitant des manœuvres destinées à reporter l’entrée en vigueur de la hausse de la TVA d’une année, ce qui accroît ses chances de quitter le gouvernement sur un succès lors de la votation du 27 septembre. Il a annoncé son départ à ses collègues du gouvernement, à son parti, mais aussi et surtout à la présidente de l’Assemblée fédérale, Chiara Simoneschi, qui l’a lue à la tribune ce matin à 8 heures.

La course à sa succession est désormais ouverte. Du côté du Parti radical-libéral, les favoris sont le conseiller aux Etats neuchâtelois Didier Burkhalter, qui depuis a annoncé «ne pas être sûr d’être intéressé par une telle responsabilité», la conseillère nationale libérale genevoise Martine Brunschwig Graf, qui se donne quelques jours pour réfléchir, le président du PLR, Fulvio Pelli, qui a annoncé qu’il ne serait pas sur les rangs. S’ajoutent à la liste quelques hypothétiques candidatures en provenance d’un gouvernement cantonal. On pense au Vaudois Pascal Broulis, au Genevois François Longchamp, éventuellement au conseiller administratif genevois Pierre Maudet, à la conseillère tessinoise Laura Sadis. Mais ces personnalités sont relativement peu connues à Berne. Même Laura Sadis, qui a été conseillère nationale lors de la précédente législature, n’a pas crevé l’écran.

Et tout dépendra aussi des autres partis. Les regards se tournent vers le PDC, qui pourrait voir dans le départ du Valaisan une occasion intéressante de tenter de reconquérir le second siège qu’il avait perdu en 2003.

«Le bon moment»

Pascal Couchepin avait décidé depuis plusieurs mois qu’il démissionnerait pour fin octobre. C’est le «bon moment» car cela laisse au PLR le temps de trouver un candidat pour lui succéder, a-t-il expliqué ce matin à 9h30 devant la presse.

Son annonce avant l’été permet également de ne pas «encombrer» la votation du 27 septembre sur le financement de l’AI de discussions sur sa personne, a poursuivi le conseiller fédéral démissionnaire. Il entend aussi mener à bien les mesures urgentes concernant l’assurance-maladie.

Le Valaisan a expliqué qu’il ne pouvait pas attendre plus tard. Car il y aura encore des autres votations et il faudrait rester en poste. «Et même de vieux journalistes quitteraient la scène avant moi».

Pascal Couchepin est aussi revenu sur la surprise créée par l’annonce de sa démission par la présidente du Conseil national «Il est important que les institutions fonctionnent bien. Les conseillers fédéraux sont élus par le Parlement. Donc le Parlement doit être le premier averti».

Et les autres?

Pascal Couchepin a déjà évoqué sa démission avec «un autre conseiller fédéral», a-t-il lâché devant la presse. Ce ministre doit désormais «soupçonner» le départ du Valaisan, a dit le radical ajouté mystérieusement le radical. Sans prononcer le nom de Hans-Rudolf Merz ou celui de Moritz Leuenberger.

Interrogé à son tour quelques heures plus tard, Fulvio Pelli, le président des radicaux, admit que «naturellement» il savait déjà «quand Hans-Rudolf Merz démissionnera». «Mais ce n’est pas le moment d’en parler, il y a bien du travail et des votations avant cette échéance», a-t-il précisé.

L’an dernier, des rumeurs de démission du ministre des finances avaient circulé après son accident cardiovasculaire. Hans-Rudolf Merz est actuellement président de la Confédération.

Moritz Leuenberger n’a pas l’intention de s’inspirer de l’exemple de Pascal Couchepin. Son retrait n’est «pas du tout d’actualité», a indiqué son porte-parole à l’ATS. En poste depuis 14 ans, le ministre socialiste est le doyen de fonction du Conseil fédéral.

Le Zurichois a déjà répété à plusieurs reprises qu’il avait été élu pour quatre ans par l’Assemblée fédérale. Rien n’a changé, assure Dominique Bugnon, chef de l’information du département de Moritz Leuenberger. Le président du PS Christian Levrat ne voit pas non plus de raison que le conseiller fédéral démissionne, a-t-il indiqué à la radio alémanique DRS.

Le PS ne compte pas attaquer le siège de Pascal Couchepin, a poursuivi le Fribourgeois. Pour lui, tant le PLR que le PDC ou les Verts sont légitimés à revendiquer le siège. Mais, davantage que sur les personnes, il importe d’avoir des discussions sur le contenu, estime Christian Levrat.

Pour le socialiste, seule l’UDC n’a pas de raison de convoiter le siège, après avoir exclu sa conseillère fédérale Eveline Widmer- Schlumpf.