Alors que la situation est chaque jour plus catastrophique sur le terrain, où un attentat revendiqué par l’organisation Etat islamique (EI) a encore fait au moins 70 morts dimanche, l’opposition et le régime syriens se sont invectivés lors de conférences de presse distinctes, dimanche 31 janvier, à Genève.

Lire aussi: Attentat anti-chiite en Syrie revendiqué par Daech

Le régime a brandi, comme à l’accoutumée, le label «terroriste», qui pour lui désigne aussi bien les djihadistes que les groupes rebelles. Son représentant à Genève, l’ambassadeur Bachar al-Jaafari, a également jugé que l’opposition n’était «ni sérieuse, ni crédible».

De son côté, l’opposition a accusé Damas de «tuer son peuple» et a de nouveau posé ses conditions avant toute négociation: l’arrêt des bombardements de civils, la libération des villes assiégées et de détenus.

De la méfiance à l’égard du négociateur de l’opposition

Dans la soirée, le chef rebelle islamiste Mohammed Allouche a confirmé qu’il serait bien le négociateur en chef pour l’opposition, ce qui ne devrait pas aider à créer de la confiance. Mohammed Allouche est en effet membre du bureau politique du groupe armé rebelle Jaïch al-Islam, un mouvement d’inspiration salafiste que le régime de Damas qualifie de «terroriste».

Le Haut Comité des négociations (HCN), qui regroupe des opposants politiques et des combattants, l’avait chargé le 20 janvier de mener sa délégation, mais son absence à Genève ce week-end avait alimenté les suspicions. «Je suis en route» pour la Suisse, avec une arrivée prévue lundi matin, a-t-il toutefois dit à l’AFP.

Ce sera donc lui qui dirigera l’équipe du HCN pour son premier entretien formel lundi après-midi avec l’émissaire de l’ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura.

Lire aussi: Les ennemis syriens à Genève pour d’incertaines discussions sur l’avenir du pays

Le Haut Comité des négociations qui, dès son arrivée à Genève samedi, avait menacé de repartir a décidé de rester «au moins trois ou quatre jours» dans la ville suisse pour donner une chance au processus, selon un de ses porte-parole.

Le diplomate italo-suédois recevra aussi lundi, mais dans la matinée, les représentants du président Bachar el-Assad, dont la délégation est menée par l’ambassadeur syrien à l’ONU Bachar al-Jaafari avec qui il a déjà eu une «réunion préparatoire» vendredi.

Une occasion historique de renouer la communication entre les ennemis syriens

Staffan de Mistura espère amener le régime et l’opposition à entrer dans un processus de discussions indirectes, avec des émissaires faisant la navette entre les deux. Ce processus pourrait s’étendre sur six mois, délai fixé par l’ONU pour aboutir à une autorité de transition qui organiserait des élections à la mi-2017.

Lire aussi: Négocier la paix en Syrie

Dimanche, après une «visite de courtoisie» à l’hôtel du HCN, il s’est dit «optimiste et déterminé» à poursuivre ses efforts. «C’est une occasion historique qui ne doit pas nous échapper.»

Dans un rare message vidéo, le secrétaire d’Etat américain John Kerry a aussi lancé un appel solennel aux ennemis syriens pour qu’ils «saisissent» cette occasion de mettre un terme à près de cinq ans d’une guerre meurtrière et destructrice. Il a également appelé le régime du président Assad à permettre l’acheminement de l’aide humanitaire dans les villes assiégées, comme celle de Madaya, près de Damas, où 43 personnes sont mortes de faim depuis le 1er décembre selon MSF.

Lire aussi: Le jour où l’étau s’est desserré sur les affamés de Madaya

Depuis mars 2011, la guerre en Syrie, devenue régionale puis internationale, a fait plus de 260 000 morts et jeté des millions de personnes sur les routes. Et chaque jour, le bilan humain s’alourdit.

En novembre, les puissances occidentales, la Russie, l’Iran, les pays arabes et la Turquie ont relancé le processus de paix, deux ans après une première tentative, déjà à Genève, qui avait rapidement échoué.

Si tous ces pays disent vouloir l’arrêt des violences et la fin de l’EI, ils divergent fondamentalement sur le sort du président Assad, que la Russie et l’Iran soutiennent farouchement, alors que les autres souhaitent son départ.

Dimanche, la délégation de l’opposition a reçu la visite d’une dizaine d’ambassadeurs du camp anti-Assad, selon un de ses membres.