Une majorité de femmes au Conseil fédéral? La presse étrangère n’était pas indifférente jeudi à un événement qu’elle qualifie le plus souvent de portée historique. Tout en mentionnant, dans la foulée des principales agences de presse, le retard pris par la Suisse dans l’égalité des droits hommes-femmes.

Selon un petit article d’opinion plutôt drôle de l’Independent britannique, qui tente d’imaginer pareil scénario au Royaume-Uni, il faut pourtant «rendre à la Suisse ce qui lui est dû»: elles «dominent le gouvernement», titre la BBC après l’élection de Simonetta Sommaruga, en n’oubliant pas de préciser, comme le magazine Elle, que «c’est une grande première dans l’histoire de l’un des derniers pays à avoir accordé le droit de vote aux femmes – en 1971». «La première ne fut élue au cabinet qu’en 1984», ajoute Métro Montréal de manière amusante. Reste que le pays est «maintenant gouverné» par elles, écrivent le Vancouver Sun et, en Allemagne, Die Welt. Il est «sous leur commandement», insiste le site italien Varese News.

Le Monde, lui, est un peu en retard sur ses dossiers, puisqu’il relève qu’«après une veillée baptisée «la nuit des longs couteaux», traditionnellement consacrée à de subtiles négociations entre partis pour parvenir le jour des élections à une «formule magique», socle du système politique helvétique, l’élection de Simonetta Sommaruga a été saluée par des applaudissements nourris, sous les lambris du Parlement fédéral de Berne, où l’atmosphère est habituellement plus compassée». Mais cette fois, Berne se trouve «sous le charme des conseillères fédérales», prétend le Standard autrichien. Une première dans l’histoire de ce pays, «qui est l’un des plus prospères au monde», précise le Daily Telegraph à Londres. «Un vote historique», renchérit le Guardian, lequel écrit que les femmes «surclassent» les hommes avec ce que Die Zeit appelle, dans un article empreint de scepticisme, une «victoire à la Pyrrhus», qui ne compense pas leur manque d’influence au plan économique.

Si, pour Euronews, «la Suisse conservatrice bascule», Le Figaro n’oublie pas de mentionner que la Bernoise portait «tailleur noir, corsage imprimé et collier de perles». Il ne commente en revanche pas la tenue vestimentaire de Johann Schneider-Ammann dans ce contexte où «les femmes dominent» désormais «le Parlement suisse», écrit non sans confusion Radio-Canada. Un événement qui s’est déroulé devant les caméras de télévision, «ce qui prouve l’intérêt des citoyens» de ce pays «aux relents machistes» pour «ce moment historique», analyse le Diário de notícias de Lisbonne. Mais un moment «plus symbolique que significatif» pour la vie politique helvétique, relativise le New York Times, conscient que l’enjeu était peut-être ailleurs que dans le sexe des Sept Sages.

On peut enfin rappeler, comme le fait Radio-France internationale, «que les présidences de la Confédération et du Parlement sont d’ores et déjà assumées par des femmes. C’est dire que si le chemin parcouru fut escarpé, il les a menées au pouvoir.» Mais «le vote ne modifiera pas la ligne politique du pays. La répartition entre les formations de gauche et de droite qui gèrent la Suisse reste inchangée.» Alors d’accord pour «une petite révolution» qui «change en tout cas l’image d’une Confédération conservatrice, machiste et rétrograde. […] Le vote de l’Assemblée fédérale est regardé comme un tournant majeur, une évolution importante de l’état d’esprit. Le Parlement ne passait guère pour une assemblée ouverte et sensible à la parité. Le voilà qui efface cette impression d’ailleurs quelque peu injustifiée.»