Profondément déçue par l'échec de la voie pacifique à la crise irakienne, Micheline Calmy-Rey s'est faite à l'idée qu'une réunion «de la dernière chance» n'a plus de raison d'être, la Suisse n'ayant pas obtenu l'accord de toutes les parties en conflit. La ministre des Affaires étrangères a condamné mardi une intervention unilatérale en Irak sans l'aval de l'ONU et a lancé, devant la Commission des droits de l'homme à Genève, un appel en faveur du respect des Conventions de Genève sur le droit international humanitaire et d'une juridiction internationale renforcée. Ceci, en rappelant la nécessité de respecter les droits de la personne dans la lutte contre le terrorisme également. Entretien.

Le Temps: La Suisse prononcera-t-elle des sanctions contre les Etats-Unis et ses alliés qui s'apprêtent à entrer en guerre sans l'aval de l'ONU et donc en violant le droit international?

Micheline Calmy-Rey: La position suisse est très claire: le droit de la neutralité s'applique si une guerre est déclarée unilatéralement ou entre deux Etats sans l'adoption d'une résolution des Nations unies. Et ceci aura des conséquences évidentes en termes de survol du territoire suisse par des avions parties au conflit et en termes d'exportations de matériel vers les belligérants.

– La question d'accorder l'exil à Saddam Hussein apparaît comme plus impensable que jamais, son fils ayant clairement rejeté l'ultimatum américain…

– La Suisse a interdit l'entrée de son territoire à Saddam Hussein et ses proches puisque le régime irakien viole les droits de l'homme. Notre position ne pourrait être revue que si une issue pacifique pouvait se déclarer à travers son exil, mais, vu les circonstances, cela paraît utopique. Cela impliquerait par ailleurs un accord de l'ONU sur l'impunité de ces personnes, ce qui est peu vraisemblable. Et puis, je ne suis pas sûre que Saddam Hussein choisirait la Suisse comme lieu de destination.

– La crise irakienne a révélé un affaiblissement certain de l'ONU. Son rôle et sa crédibilité doivent-ils être remis en question?

– Les Nations unies ont jusqu'à présent relevé un beau défi en ayant réussi de multiples tentatives de médiations. Mais la vision négative des choses ressort de la conclusion de ces débats, puisqu'un membre de la communauté internationale décide d'une attaque militaire en Irak sans l'aval de l'ONU. Cela, je le regrette amèrement car pour un pays comme le nôtre, pouvoir vivre dans un ordre international est très important. Nos points forts sont précisément le respect et le développement du droit international. Il appartient maintenant aux pays membres de veiller à restaurer l'efficacité et la crédibilité des Nations unies.

– Quelles initiatives la Suisse prévoit-elle dans le domaine humanitaire? Avez-vous l'intention de convoquer une deuxième conférence humanitaire?

– Nous prendrons nos responsabilités en étant actifs sur place, mais aussi en versant des contributions à des organisations spécialisées pour qu'elles soient en mesure de réagir efficacement aux problèmes humanitaires. Une deuxième conférence comme celle de Genève? Peut-être que cela sera utile un jour, mais pour l'instant nous nous contentons d'assurer un suivi de la première.