Une directive «liberticide» met l’Université de Lausanne en ébullition

Campus Confrontée à une vaste fronde contre ses règles sur l’affichage et la communication, l’alma mater envisage de modifier son texte

L’opposition à la nouvelle directive de l’Université de Lausanne (UNIL) limitant l’affichage et la communication dans l’enceinte du campus s’étend. La Fédération des associations d’étudiants (FAE) et l’Association du corps intermédiaire et des doctorants de l’UNIL (Acidul) réclament «le retrait immédiat» du règlement entré en vigueur le 1er septembre 2014, qu’ils jugent «disproportionné et contraire à la liberté d’expression».

Regroupés au sein d’un «comité pour la défense des libertés démocratiques de l’UNIL» créé le 16 octobre, une dizaine de syndicats et associations présents sur le campus comptent publier ce vendredi une pétition dénonçant le «pouvoir discrétionnaire» de la direction de l’UNIL et exigeant la suppression de cette directive. Une autre pétition, lancée par des professeurs, circule au même moment parmi le corps enseignant dans le même but. Les échos de cette fronde pourraient retentir jusqu’au parlement vaudois, puisque des membres du Parti socialiste songent à interpeller le Conseil d’Etat à ce sujet lors de la prochaine séance du Grand Conseil, mardi.

Face au déferlement de critiques, la direction de l’université invite les organisations mécontentes à une rencontre début novembre. Elle n’exclut pas de revoir sa copie: «Ce texte suscite des incompréhensions. Nous avons probablement employé quelques formulations maladroites», reconnaît Marc de Perrot, secrétaire général de l’UNIL.

«Censure»

La directive en question limite l’affichage à certains espaces et exige une autorisation pour la récolte de signatures ainsi que la distribution de tout document (tracts, publications, matériel publicitaire ou petites annonces) dans les bâtiments et sur le campus. La direction de l’UNIL se réserve en outre le droit de supprimer «toute communication qui interfère avec ses propres communications et mission». L’expression laisse planer le doute. «Les récoltes de signatures en vue d’un référendum pourraient-elles être interdites?» s’inquiète Dominique Gigon, d’Acidul, qui redoute l’appauvrissement du débat politique sur le campus. Arthur Auderset, du syndicat SUD, n’y voit rien de moins qu’une censure. Le syndicat compte déposer un recours auprès du Tribunal fédéral et saisir le comité de la liberté syndicale de l’Organisation internationale du travail (OIT): «Cette directive contrevient à la Constitution. C’est une attaque contre l’indépendance syndicale et la liberté d’expression.»

Une accusation réfutée par la juriste de l’université, Martine Ray-Suillot: «Nous ne nous mêlons pas du contenu des tracts distribués sur le campus, sauf s’ils propagent des propos xénophobes ou incitant à la débauche. Nous ne faisons qu’instaurer un cadre en fonction de normes qui existent déjà.» L’organisation de manifestations qui ne concernent pas directement la vie universitaire – aussi bien de la publicité qu’un rassemblement politique – sera soumise à autorisation, souligne la juriste. «Cela ne signifie pas qu’on interdira ces manifestations.»

L’université met en avant des exemples de débordements récents pour justifier la création d’une directive: distribution de flyers pour des soirées qui n’existaient pas, conférence donnée par un scientifique douteux, multiplication d’opérations publicitaires, affichage sur les arbres ou tracts laissés à l’abandon. «Nous n’avons pas l’intention d’entraver le débat, déjà présent sur le campus. Mais nous devons nous assurer qu’il se déroule selon les règles de l’art et protéger l’image de l’université», explique Marc de Perrot.