Est-ce la loi des séries? Le canton de Fribourg n'en finit plus d'être frappé par des histoires d'abus sexuels mettant en scène des mineurs. Après les viols collectifs de Bulle et de Schmitten et les cas de pédophilie au sein de l'Eglise catholique, voici deux nouvelles affaires sans lien entre elles mais aux similitudes troublantes. Deux garçons de 12 et 13 ans auraient commis des attouchements sur des enfants plus jeunes qu'eux. La Chambre pénale des mineurs et la police cantonale ont levé le voile sur ces deux cas vendredi lors d'une conférence de presse, dans le but d'«étouffer les fausses rumeurs».

«Pas de viols, ni de tournantes»

«Il ne s'agit ni de viols ni de tournantes», insiste Rita Menoud, cheffe adjointe de la brigade des mœurs et maltraitances. Les deux préadolescents sont soupçonnés d'attouchements et de voyeurisme, ainsi que de menaces et contraintes. Dans les deux situations, l'enquête est toujours en cours.

La première affaire concerne un élève de 12 ans de l'école du Bourg, à Fribourg. Un quartier plutôt huppé du centre-ville. Ce jeune est soupçonné de s'être livré à des attouchements sur cinq enfants âgés de 6 à 12 ans, dont quatre garçons et une fillette. Ces actes auraient eu lieu en particulier au Jardin anglais, une place de jeux du quartier d'Alt, proche de l'école.

Selon la juge Nicole Schmutz, chargée du dossier, l'écolier a été éloigné de l'établissement scolaire et du quartier dans lequel il vit pour être placé «sous la compétence du monde médical». Les faits se seraient déroulés durant un laps de temps indéterminé, allant de 12 à 18 mois.

Dans le périmètre du Bourg, l'émoi est grand. Pour calmer les esprits, la Direction des écoles de Fribourg a convié les parents des élèves à une séance d'information, qui a eu lieu mercredi soir. La conseillère communale (exécutif) Marie-Thérèse Maradan Ledergerber a notamment promis qu'il y aurait un passage du planning familial dans toutes les classes.

La justice sereine

La seconde affaire semble plus grave encore. Elle a pour cadre la commune de Cressier (860 habitants), qui domine Morat, dans le district du Lac. Un préadolescent de 13 ans est suspecté d'avoir abusé de huit enfants âgés de 6 à 11 ans, sept garçons et une fille. Il semble que ces agissements se soient déroulés sur deux ans. Fait particulièrement troublant: dernièrement, alors qu'il avait déjà été auditionné par la justice des mineurs, l'auteur aurait récidivé.

Nicole Schmutz se défend toutefois d'avoir commis une erreur. «Il sera placé dans une structure éducative dès le 26 mai, faute de place disponible pour le moment. Après sa récidive, le jeune a été sérieusement tancé. Son entourage a été sensibilisé à la question. S'il devait y avoir un nouveau problème, je prendrais alors des mesures de contrainte à son égard», indique-t-elle. Pour l'instant, en accord avec les autorités scolaires, il continue de fréquenter le Cycle d'orientation de Morat.

Selon le conseiller communal de Cressier Guido Bachmann, en charge des Ecoles, la localité est sous le choc. «Notre village n'est pas grand, cette affaire est un sujet de discussion partout. Je suis content qu'il y ait eu une information, cela rassurera les parents», indique-t-il. Seront-ils heureux de savoir que le garçon est en liberté sans avoir été pris en charge? La question reste ouverte.

Les événements de Fribourg et de Cressier se sont produits en dehors du cadre scolaire. Les auteurs présumés et leurs victimes se connaissaient (voisins, compagnons de classe). Ces dernières pourront bénéficier d'un suivi psychologique. La Chambre pénale des mineurs n'a pas souhaité révéler la nationalité des deux suspects. «Cette information n'est pas pertinente du point de vue de l'enquête, qui, je le rappelle, n'est pas terminée», coupe Benoît Dumas, le porte-parole de la police cantonale fribourgeoise.