Une Ecole en colère contre son régime

Les coupes budgétaires d’Oskar Freysinger créent des inégalités

Les licenciements ont commencé

Les enseignants valaisans se disent «écœurés». Les coupes budgétaires prévues par Oskar Freysinger, conseiller d’Etat responsable de l’Ecole, provoquent des inégalités. Entre plaine et montagne, titulaires de classe et enseignants de branches secondaires, jeunes et vieux.

Le ministre UDC a opté pour des coupes linéaires, à première vue mathématiquement égales pour tous: 3% de baisse des périodes d’enseignement et de décharge d’enseignement dans tous les centres scolaires du canton, de l’enfantine au collège. Cela équivaut à la disparition de 78 emplois à plein temps. La Fédération des magistrats et des enseignants a annoncé mardi un référendum contre ces coupes budgétaires si elles sont acceptées par le Grand Conseil en mars. Alors que le décret n’est pas entériné, des enseignants sont déjà licenciés. Une vingtaine d’entre eux se sont annoncés auprès de l’Association valaisanne des enseignants du cycle d’orientation (Aveco).

«Cette manière de faire des économies, élaborée en quelques jours au coin d’une table, divise les enseignants et les régions du canton», critiquent des enseignants du cycle de Martigny qui préfèrent garder l’anonymat. «C’est un pur calcul mathématique linéaire, le plus simple qui soit, que nous devons appliquer à une réalité qui ne l’est pas», estime Paul Gay-Crosier, directeur de l’établissement. «Je perds un poste et demi que je vais être obligé d’économiser sur les heures des jeunes enseignants et ce sont les enseignants âgés qui devront les reprendre.»

Paul Gay-Crosier décrit l’ambiance tendue en salle des maîtres. Les professeurs concernés sont avant tout les titulaires de classe à qui on supprime des heures de décharge de cours. «A côté d’eux, à la machine à café, il y a tous les professeurs de dessin, de travaux manuels ou de gymnastique qui ne se sentent pas concernés», explique-t-il.

Le cycle de Martigny accueille un millier d’élèves, avec une proportion importante d’allophones. Dans des classes qui sont trop petites pour contenir plus de 21 personnes. «Si on rajoute un banc, on ne pourra plus fermer la porte», s’exclament les enseignants. Alors que certains établissements de montagne ont peu d’élèves. Notamment dans le Haut-Valais, une région qui chaque année accuse une baisse démographique. «Nous espérions que la baisse des effectifs dans le Haut-Valais permette de compenser l’augmentation dans le Valais romand, mais rien n’est moins sûr», lâche Paul Gay-Crosier. «Le Valais fonctionne comme un demi-canton.» Martina Volken, représentante de l’Association des enseignants du Haut-Valais, décrit, elle, des professeurs soumis aux mêmes angoisses que dans le Valais romand.

Le département argumente ses choix en soulignant l’autonomie et la compétence des directeurs d’école pour décider où il convient de faire ces économies dans leur établissement. «Les heures de décharge servent aux cours d’appui, à l’ouverture de la bibliothèque, à la médiation scolaire, aux entretiens d’orientation professionnelle», explique Paul Gay-Crosier. «J’en ai besoin partout et quel que soit mon choix, il prétéritera les élèves. J’ai dit à Oskar Freysinger qu’un titulaire au cycle ne fonctionne pas comme un titulaire qui gère des maturistes, mais il n’entend pas», déplore-t-il. Oskar Freysinger et son chef de service étaient tous deux professeurs au collège. Les enseignants leur reprochent d’avoir pris des décisions sur la base de leur expérience, sans consulter les syndicats et les associations d’enseignants des différents degrés scolaires. «Ils n’ont pas réfléchi à couper là où cela aurait vraiment fait moins mal», estime Didier Jacquier, président de la Société pédagogique valaisanne (SPVal).

Pour diminuer le nombre d’heures de décharge supprimées, les périodes d’enseignement au cycle d’orientation sont réduites à 32 heures hebdomadaires. Alors que la loi sur le cycle, votée en 2009, exigeait 34 périodes. «Nous n’avons même pas eu le temps de tester ce programme qu’il est déjà supprimé», déplore Adrienne Mittaz, présidente de l’Aveco.

«Le département manque d’une vision d’ensemble», renchérit Didier Jacquier. «Le parlement vient d’accepter la loi sur l’enseignement primaire, qui fixe un équivalent plein-temps à 30 heures contre 33 autrefois», explique-t-il. «Cela veut dire que, dans les années à venir, il faudra engager plus d’enseignants et compter avec une augmentation de 10% du nombre d’élèves d’ici à 2020.» Entre réformes et coupes budgétaires, l’école n’a pas fini d’être chahutée.

«C’est un calcul simple que nous devons appliquer à une réalité qui ne l’est pas»