PRÉHISTOIRE

Une énigmatique pierre gravée est mise au jour sous une église

La découverte d’une pierre à cupules est inédite à Genève

Les archéologues genevois ont trouvé cet été, et pour la première fois sur le territoire cantonal, une pierre à cupules préhistorique. Ces blocs minéraux, où la main de l’homme a creusé de petites cuvettes, se trouvent souvent dans les régions de montagne: selon le Dictionnaire historique de la Suisse, un gros millier d’entre elles a été repéré dans le pays, «principalement au pied sud du Jura, dans les Grisons, au Tessin et en Valais». «Il y a eu de très nombreuses hypothèses sur leur fonction, sans qu’aucune ne donne complètement satisfaction», relève Pierre Corboud. Fréquemment, c’est à proximité de tombeaux ou de lieux de culte qu’elles sont retrouvées, ce qui tend à indiquer un usage rituel. Et c’est le cas de la trouvaille genevoise, puisqu’elle a été repérée sous les fondations de l’église du village de Corsier, qui surplombe la rive gauche du Léman. Lors d’une réfection, les archéologues Isabelle Plan et Marion Berti ont mené des fouilles dans ce sanctuaire, dont les éléments les plus anciens remontent au XIIIe siècle, et qui a remplacé une église antérieure ainsi qu’une villa romaine.

«Un ensemble mégalithique a été retrouvé sous les fondations, entre trois et quatre mètres de profondeur, confirme l’archéologue cantonal Jean Terrier. Parmi ces grosses pierres, l’une comporte des cupules dont le caractère anthropique, en lien avec un lieu de culte, ne fait aucun doute.» La datation de l’objet s’avère par contre ardue, en l’absence d’autres objets qui pourraient la préciser: «Cela peut aller du néolithique moyen, dès 4500 avant Jésus-Christ, à l’âge de fer, vers -700», indique Pierre Corboud. La découverte est inédite à Genève. Des cupules ont certes été repérées sur l’une des pierres du Niton (ces blocs erratiques qui émergent dans la rade), mais selon l’expert, cela n’en fait pas un monument préhistorique: il n’est même pas sûr que ces marques soient d’origine humaine.

Spiritualité continue

La permanence du caractère ­sacré d’un site, au fil des siècles et des religions, n’a rien d’incongru pour les archéologues. Genève ne fait pas exception. Non loin de Corsier, des pierres basculées ont été repérées sous l’église de Meinier. En ville, des alignements de stèles vieilles de 6000 ans, une tombe des alentours de l’an -1000 et les restes d’un temple romain se terrent sous le temple de Saint-Gervais, tandis que la sépulture d’un héros celte divinisé gît sous la cathédrale. La pierre de Corsier, sur laquelle repose une église, restera sur place.

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