Le Temps: On vous voit peu dans la campagne sur l'harmonisation des allocations pour enfants. Pourquoi?

Pascal Couchepin: C'est une proposition qui émane du parlement et par conséquent c'est lui qui a la priorité pour la défendre. Le Conseil fédéral soutient l'harmonisation et je m'exprime très clairement en sa faveur à chaque occasion qui m'est donnée.

- Pourtant, devant le parlement, vous vous êtes contenté de défendre une harmonisation formelle, car vous vous opposiez à fixer un montant plancher...

- Le Conseil fédéral défend l'aspect formel de l'harmonisation qui consiste à fixer qui a le droit de bénéficier des allocations. Mais la politique sociale, selon la Constitution, est en priorité du ressort des cantons.

C'est la raison pour laquelle il nous paraissait justifié de laisser aux cantons la compétence de décider des montants. Transférer ces compétences à la Confédération équivaut à une solution de facilité qui se révèle être peu favorable pour les intéressés, car plus on s'éloigne des besoins concrets des gens, moins on les satisfait. D'ailleurs, le montant plancher peut avoir un effet négatif sur la hauteur future des rentes.

- Certains cantons pourraient-ils revoir à la baisse leurs allocations pour s'aligner sur les 200 francs?

- Non. Mais si vous imposez un seuil minimum très en dessous du seuil actuel de certains cantons, vous allez naturellement freiner les hausses. L'harmonisation matérielle n'est pas un encouragement aux cantons pour qu'ils poursuivent une politique familiale active.

- Cela ne permettra-t-il pas de simplifier la mobilité des familles en Suisse?

- L'harmonisation formelle permet d'avantager cette mobilité. Fixer un montant plancher était une erreur, mais une erreur qui ne justifie pas un non à ce projet. C'est un compromis et je le soutiens.

- Les travaux en commission sur la onzième révision bis de l'AVS ne sont pas terminés, mais il semble que la majorité des partis s'oppose à la rente-pont que vous proposez. Comment envisagez-vous la suite que prendra le dossier?

- Il n'est pas impossible que la rente-pont soit acceptée. Elle a été très bien accueillie par les radicaux et le Parti démocrate-chrétien s'est exprimé positivement sur le sujet.

- Mais les démocrates-chrétiens cherchent pourtant une autre solution.

- S'il existe de meilleures solutions, il faut les étudier. Mais je crois que l'exercice a déjà été tenté par nos services. Nous avons examiné les solutions alternatives, telles que prendre en compte le nombre d'années de cotisation des travailleurs. Ce modèle n'est toutefois pas praticable et il nécessiterait un changement de philosophie complet.

L'AVS n'est pas une assurance pour les salariés, c'est une assurance universelle car même si vous n'êtes pas salarié, vous pouvez être assuré au travers de la cotisation minimale. Avec la rente-pont nous touchons un nombre restreint de personnes, mais des personnes qui ont réellement besoin d'être aidées.