Avant même sa parution, elle suscitait déjà le débat. Publiée le 10 juin, la mise au concours du poste de chef de l’Office valaisan de l’enseignement spécialisé (OES) a provoqué de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux. Le prochain cadre du Département de la formation devra être titulaire d’un diplôme d’études avancées (DAS) en administration ou en gestion d’institution, ou au moins être disposé à l’obtenir. Par contre, il ne devra pas avoir accompli une formation d’enseignant, contrairement à son prédécesseur. Cette exception suscite l’étonnement des enseignants, qui ont demandé des précisions au Département par l’intermédiaire de leurs représentants.

La postulation semble fermer la porte à un généraliste ou à un enseignant spécialisé

Président de la Société pédagogique valaisanne, Olivier Solioz s’étonne que le profil recherché n’exige ni expérience, ni formation dans l’enseignement. Pour lui, «seule la pratique du terrain permet de comprendre les mécanismes qui permettent aux différents acteurs de collaborer pour le bien des élèves en difficulté». Il regrette aussi que «la postulation semble fermer la porte à un généraliste ou à un enseignant spécialisé». Président de l’association des maîtres de l’enseignement spécialisé (AMES), Nicolas Bressoud, juge que cette mise au concours «empêche une transition sereine». Il soutient que le poste requiert une expérience du terrain plus que des compétences administratives. Pour lui, «le chef de l’OES ne peut pas être qu’un manager, il doit aussi régler des détails très fins: Les horaires attribués aux écoles dépendent de ses décisions budgétaires».

Un député UDC pressenti pour le poste

Contacté, le Département de la formation et de la sécurité «ne fait pas de commentaires sur une procédure en cours». Titulaire actuel du poste et proche de la retraite, Michel Délitroz devient directeur de deux instituts spécialisés. Selon plusieurs sources internes, il entretient des relations difficiles avec son ministre de tutelle, le démocrate du centre Oskar Freysinger. Ces mêmes personnes affirment que le député UDC Bruno Perroud serait pressenti pour obtenir le poste. Educateur et directeur de l’association Cerebral Valais, ce dernier ne confirme pas: «Je suis flatté que beaucoup de gens me trouvent des qualités, mais à l’heure actuelle, je n’ai pas postulé».

Je suis flatté que beaucoup de gens me trouvent des qualités, mais à l’heure actuelle, je n’ai pas postulé

En juin 2014, la nomination d’Ariane Doyen, vice-présidente de l’UDC du Valais romand, avait déjà soulevé de nombreuses protestations. Ancienne enseignante au cycle d’orientation, elle avait choisi de placer ses enfants dans une école privée, comme Bruno Perroud. «Ma vie privée n’a pas à interférer avec ma vie professionnelle. Ce sont mes compétences qui ont été évaluées, pas mes convictions», se défendait-elle alors dans la presse. Avant de devenir collaboratrice scientifique au Département de la formation, elle avait collaboré à la rédaction du programme gouvernemental de son parti. Elle y plaidait pour «réhabiliter l’école traditionnelle».

Peu après son élection, Oskar Freysinger avait confié un mandat de communication externe à son éditeur, Slobodan Despot. En décembre 2013, il nommait Jean-Marie Cleusix au poste de chef du Service de la formation. Un mois plus tard, la commune de Leytron révélait qu’il ne s’était jamais acquitté de ses impôts pour deux périodes fiscales. Une large majorité du parlement a alors voté sa suspension, en vain. Soutenu par son ministre Oskar Freysinger, il a écopé d’un blâme écrit et il a finalement remboursé la somme. En mai dernier, plusieurs parlementaires évoquaient déjà la possible nomination de Bruno Perroud au moment de voter la nouvelle loi sur l’enseignement spécialisé.

Un postulat urgent déposé au parlement

Président du parti socialiste du Valais romand, Gaël Bourgeois dénonce près d’une dizaine de nominations «politiques» décidées par Oskar Freysinger, entre les services de l’Etat et les Commissions extraparlementaires. Pour lui, la mise au concours du poste de chef de l’enseignement spécialisé constitue «une nouvelle tentative de placer un proche dans le département». Il insiste: «En quatre ans, Oskar Freysinger aura fait pire que le parti démocrate chrétien alors que toute sa campagne dénonçait le copinage au sein de l’Etat».

Oskar Freysinger et son parti semblent installer insidieusement une école qui se désintéresse des élèves en difficulté

Très remonté, Gaël Bourgeois a déposé un postulat urgent au parlement. Le député démocrate chrétien Joachim Rausis et le chef de groupe libéral radical Christophe Claivaz ont aussi signé le document. Pour le premier, il est «primordial» que le chef de l’enseignement spécialisé ait une expérience dans l’enseignement, «sinon l’office n’aura plus qu’un rôle administratif». Le second reproche à Oskar Freysinger d’avoir «tordu le profil pour qu’il convienne à un député UDC qui n’est pas enseignant». Selon lui, «Oskar Freysinger et son parti semblent installer insidieusement une école qui se désintéresse des élèves en difficulté».

Dès le mois d’août, le nouveau chef de l’Office devra trancher les demandes d’enseignement spécialisé déposées par les directions des écoles. Il devra aussi rapidement finaliser l’ordonnance relative à la nouvelle loi sur l’enseignement spécialisé. Récemment adoptée par le parlement, elle lui laissera toute latitude pour pratiquer une politique inclusive ou séparative dans les écoles valaisannes, en fonction de son enveloppe budgétaire. Les postulations sont ouvertes jusqu’au 24 juin.