La majorité des médecins généralistes de Suisse romande n’acceptent pas de nouveaux patients. Une enquête publiée ce jeudi 25 novembre par la Fédération romande des consommateurs (FRC) prévient: la pénurie de praticiens risque de s’aggraver. Une situation préoccupante puisque le modèle d’assurance du médecin de famille est plébiscité par plus de quatre millions de personnes dans le pays.

Trouver un créneau

Pour mesurer l’ampleur de la pénurie, une vingtaine d’enquêteurs de l’association ont joué le rôle du patient cherchant à prendre rendez-vous. Il leur a fallu «un nombre parfois considérable d’appels pour accéder à un cabinet». Si deux ou trois appels ont suffi pour obtenir un rendez-vous dans la campagne genevoise ou au Locle, il a fallu six tentatives dans la Vallée de Joux, treize à Yverdon-les-Bains, quatorze à Delémont, vingt à Martigny et trente à Fribourg.

Les médecins de famille ou de premier recours sont pourtant «un des piliers du système de santé», rappelle la FRC en préambule. Ils en sont en quelque sorte «les portiers» dont les principales missions sont d’écouter, ausculter, diagnostiquer, informer, rassurer, soigner, suivre et orienter.

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La difficulté à fixer un rendez-vous est telle que des sites internet et applications, comme OneDoc ou la base de données de la Fédération des médecins suisses (FMH), ont vu le jour pour savoir si un cabinet est ouvert à une patientèle nouvelle. Mais les informations sur leur disponibilité ne sont pas toujours actualisées. Un quart des 402 professionnels contactés par la FRC est titulaire de plusieurs diplômes, dont celui de généraliste, mais n’exerce plus que comme spécialiste. Pour la fédération, la création de nouveaux outils est donc primordiale.

Vieillissement de la profession

Les emplois du temps des professionnels de santé sont saturés, mais les ennuis se poursuivent même une fois le fameux médecin trouvé. Bien qu’enregistré dans sa patientèle, «le praticien n’est pas toujours en mesure de traiter la demande de consultation [du patient]», indique la FRC. Celui-ci se dirige alors vers un service d’urgence ou le médecin de garde, ce qui «casse le suivi […] justement décisif lors d’une crise, afin d’éviter les examens à double, les prestations inutiles, une prise de médicaments qui n’ont pas fait leur effet par le passé, voire qui interagissent mal avec le traitement en cours.» Pour la FRC, tout «le potentiel des généralistes» n’est donc pas suffisamment exploité.

Autre problème déjà connu: les médecins généralistes se raréfient en Suisse romande. Un rapport publié en 2016 par l’Observatoire suisse de la santé (OBSAN) signalait que la densité des médecins de famille s’élevait à 1,1 professionnel pour 1000 habitants. L’enquête de la FRC estime que plus du tiers des médecins généralistes en activité à ce jour ont plus de 60 ans et que près d’un cinquième est déjà à l’âge de la retraite. De plus, la moitié d’entre eux réduisent leur nombre d’heures de consultation, car ils exercent aussi dans une autre institution de soin.

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«71,3% des médecins de plus de 60 ans ont admis qu’ils n’avaient pas de successeur pour leur cabinet», souligne l’étude. Et nombre de nouveaux diplômés choisissent de se spécialiser. L’association des médecins de famille et de l’enfance considère que l’effectif des médecins de famille diminuera encore de 16% jusqu’en 2030.