Energie

Une étude sur les éoliennes sème le vent de la discorde

La Station ornithologique de Sempach estime à une vingtaine le nombre de volatiles victimes chaque année des pales d’une éolienne. Aspo/BirdLife réagit. SuisseEole proteste

L’Association suisse pour la protection des oiseaux (Aspo/BirdLife) est surprise: jusqu’à lundi, elle partait de l’idée que les éoliennes faisaient une dizaine de victimes par année. Or, l’étude, première du genre, publiée par l’Office fédéral de l’énergie (OFEN) estime le nombre de volatiles tués par les pales de ces installations deux fois plus élevé. L’OFEN parle de 20,7 oiseaux par éolienne.

Réalisée par la Station ornithologique de Sempach, l’étude a porté sur les trois hélices installées au Peuchapatte, à 1100 mètres d’altitude sur la commune jurassienne de Muriaux. Les mâts font 150 mètres de haut. Les chercheurs de Sempach ont retrouvé 51 restes d’oiseaux dans un rayon de 50 à 100 mètres autour des installations. Vingt ont été enregistrés comme victimes des pales. Des huit cadavres radiographiés, six «ont montré des signes évidents de fractures».

«Pas plus qu’un chat!»

En intégrant des facteurs de correction à cet échantillonnage, l’institut de Sempach parvient à un total médian de 62 victimes par année, ce qui fait 20,7 par éolienne. Mais attention: pour plusieurs raisons, l’étude ne peut être extrapolée sur l’ensemble de la Suisse. La densité migratoire n’est pas la même dans le Jura que dans les Alpes ou sur le Plateau et l’étude ne porte pas sur des éoliennes plus hautes que celles du Peuchapatte.

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Qui sont les victimes? Principalement de petits oiseaux volant de nuit comme les roitelets, les grives, ainsi que des martinets et des colverts. Les collisions ont surtout été observées durant les périodes de migration, mais «le lien entre l’intensité migratoire et le nombre de victimes pendant la migration est plus complexe qu’on ne pouvait le croire», prévient l’OFEN.

Pour Aspo/BirdLife, ce résultat est la preuve que «les sites d’installations d’éoliennes doivent être plus attentivement planifiés». L’organisation demande que ces mâts de captage de l’énergie du vent soient exclus des habitats encore préservés utilisés par les oiseaux nicheurs. L’OFEN ne tire aucune conclusion de cette étude mais le rapport de la station de Sempach relève que le chiffre de 20,7 dépasse la valeur envisagée pour décréter des restrictions d’exploitation.

Présidente de SuisseEole, la conseillère nationale Isabelle Chevalley (PVL/VD) est furieuse. «Une éolienne ne tue pas plus d’oiseaux qu’un chat! Un premier rapport avait prédit que 1700 oiseaux seraient les victimes des éoliennes du Peuchapatte. On en a trouvé 7 et on extrapole à 20. Et aucune espèce menacée n’est concernée. Cette étude n’offre aucune base scientifique permettant de dire qu’il faut arrêter des éoliennes. Il serait plus judicieux d'effectuer un suivi des éoliennes une fois installées plutôt que dans des études prédictives qui, de par leurs incertitudes, ne peuvent amener de conclusions tangibles», s’emporte-t-elle.

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