rémunérations

Une étude révèle d’inquiétantes disparités dans les salaires des médecins

Entre seigneurs et «smicards» de la médecine, indépendants et salariés, mais aussi hommes et femmes, les écarts de revenus sont conséquents, pour ne pas dire choquants

Nouvel épisode du feuilleton sur les salaires des médecins. Ce lundi 29 octobre, l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) a enfin publié une étude attendue depuis longtemps. En se basant sur une enquête du bureau BASS réalisée auprès de 24 000 médecins, il ressort que le revenu médian des médecins spécialistes indépendants s’élève à 257 000 francs par an. C’est 30% de plus qu’on ne le pensait jusqu’ici. Quelques heures plus tard, la FMH a cependant contesté ces chiffres.

Lire aussi: Les revenus des médecins sont bien plus élevés qu'imaginé

Cette année, la polémique avait enflé en février lorsque les chirurgiens de la main genevois s’étaient «mis en grève» pour protester contre les nouveaux tarifs du Tarmed. Dans la foulée, le directeur de l’OFSP, Pascal Strupler, s’en était mêlé, révélant que 140 médecins touchaient un salaire de plus de 1 million de francs par an à charge de l’assurance de base.

Lire également: Les salaires des médecins pointés du doigt

Neurochirurgiens les mieux payés

Aujourd’hui, ce même OFSP lâche de nouveaux chiffres datant des années 2009 à 2014 qui ne concernent plus la seule assurance de base. Dès lors, le nombre de médecins millionnaires, qui s’est réduit à 118, n’est plus aussi explosif dans la mesure où il est aussi assumé par les assurances complémentaires.

Dans cette étude, les chiffres ont de plus été standardisés pour des postes à plein temps, ce qui n’était pas le cas précédemment. Mais les tendances lourdes restent les mêmes. Les seigneurs de la médecine sont les neurochirurgiens, au revenu annuel moyen de près de 700 000 francs, suivis des gastro-entérologues et des oncologues. Les «smicards» de la profession sont les pédopsychiatres, dont le revenu atteint tout de même 180 000 francs.

C’est dire que l’étude révèle de nombreuses disparités. L’une d’entre elles concerne l’écart entre les revenus des spécialistes indépendants, qui sont nettement plus élevés que ceux des salariés: 320 000 francs en moyenne pour les premiers, 227 000 francs pour les seconds. Ici aussi, les médecins de premier recours sont les moins bien rémunérés, raison pour laquelle le ministre de la Santé, Alain Berset, leur a accordé dès 2014 une hausse de leurs prestations à hauteur de 200 millions de francs. Mais celle-ci ne s’est pas encore répercutée dans les chiffres publiés ce lundi.

Les femmes discriminées

Autre disparité, franchement choquante celle-ci. Les revenus des hommes sont de 29% supérieurs à ceux des femmes, ce qui constitue un écart considérable. Lors de toute la discussion qui vient de se dérouler au parlement, la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga a toujours parlé d’une différence de salaire brute d’environ 18%, dont une part de 7% qui reste inexplicable. Or cette étude révèle un différentiel bien plus important dans le secteur de la santé, écart qui subsiste même lorsqu’on tient compte de l’expérience professionnelle, du domaine de spécialité et du secteur d’activité.

Les spécialistes du bureau BASS, qui précisent qu’ils n’ont pas réalisé d’analyse pour éclairer ce point spécifique, n’ont pu livrer qu’une hypothèse. Entre 2009 et 2014, presque tous les groupes de spécialistes indépendants ont connu une hausse de leurs revenus, l’augmentation moyenne s’étant chiffrée à 2,5%. En revanche, les salariés ont déploré une baisse de leurs revenus en moyenne de 5% durant la même période. Or la proportion de femmes dans ce groupe a fortement augmenté.

Et encore: Enquête sur les 140 millionnaires de l’assurance de base

Inutile de dire que l’étude dévoilée par l’OFSP a très vite été contestée par l’association des médecins, la FMH, qui la trouve trop «théorique». En ne précisant pas quelle part du revenu des médecins est payée par les primes de l’assurance de base, «ces chiffres ne reflètent pas la réalité du corps médical suisse», regrette la faîtière des médecins. Celle-ci précise d’emblée que le revenu non standardisé – c’est-à-dire sans qu’on extrapole les temps partiels sur des temps pleins – ne s’élève plus qu’à 190 000 francs. En outre, ce chiffre fait l’impasse sur les revenus d’un quart du corps médical, soit les quelque 10 000 médecins assistants, qui touchent tout juste 100 000 francs par an pour 56 heures de travail hebdomadaire.

La FMH conteste

Dès lors, la FMH préfère rappeler des résultats – passés complètement inaperçus – publiés en avril dernier par l’Office fédéral de la statistique (OFS) sur la base des données structurelles des cabinets médicaux et des centres de soins ambulatoires. Dans cette publication, l’OFS avance un chiffre d’affaires moyen d’environ 545 000 francs en 2015, dont il faut déduire 390 000 de charges. Demeure ainsi un résultat d’exploitation de 155 000 francs, dont 90% sont générés par l’assurance maladie obligatoire.

Sur un point pourtant, l’OFSP et la FMH sont d’accord. Tous deux soulignent la nécessité d’une plus grande transparence sur les salaires des médecins. A eux de se mettre à la même table pour s’accorder sur la méthode à retenir et éviter à l’avenir une bataille de chiffres en fin de compte stérile.

Publicité