élections fédérales

Une «exception vaudoise» disparaît: l’alliance PLR-UDC

La rupture au sein de la droite vaudoise semble consommée. Reste à trouver les mots pour annoncer la fin d’une longue tradition

Une «exception vaudoise» disparaît: l’alliance PLR-UDC

Elections fédérales La rupture au sein de la droite vaudoise semble consommée

Reste à trouver les mots pour annoncer la fin d’une longue tradition

Frédéric Borloz, le président du Parti libéral-radical (PLR) vaudois, a invité ce vendredi les dirigeants des autres partis de la droite et du centre. Objectif: définir un «socle commun» pour les prochaines élections fédérales, communales et cantonales. Ces trois échéances se précipitent jusqu’en mars 2017 dans le calendrier politique vaudois.

Autour de la table: Fabienne Despot, la présidente de l’UDC, Claude Béglé et Axel Marion, les deux coprésidents du PDC. Mais ces derniers se font les porte-parole d’une alliance du centre comprenant aussi Vert’libéraux, PBD et Evangéliques (UDF).

Chaque convive vient au rendez-vous avec son propre agenda. Le PLR recherche officiellement l’alliance la plus large possible du centre droit, en vue surtout de récupérer au Conseil d’Etat la majorité perdue en 2012. Comme préalable à toute discussion, l’UDC réclame un apparentement avec le PLR pour les élections fédérales d’octobre. Cette demande divise profondément les libéraux-radicaux, tandis que la petite alliance centriste cherche à s’imposer comme troisième larron dans ce jeu.

Le plus probable est que la réunion au sommet de vendredi confirme le scénario pressenti depuis le congrès d’Yvonand, où le PLR a désigné ses candidats aux élections fédérales (LT du 24.04.2015): il n’y aura pas d’apparentement entre les libéraux-radicaux et l’UDC.

S’il se confirme, un tel dénouement sera conforme aux décisions prises par le PLR suisse, sous la direction de son président Philipp Müller. Mais, à l’échelle vaudoise, il représentera un véritable tournant, raison pour laquelle la question prend une forte valeur symbolique, au-delà des enjeux purement électoraux. Ce sera pour ainsi dire la fin d’une «exception vaudoise», celle qui a vu PLR et UDC rester partenaires malgré des tensions croissantes.

Pour les élections fédérales de 2011, l’apparentement traditionnel (de mémoire de politicien vaudois il a toujours existé) avait été renouvelé une fois de plus. Seul de tout le pays, le PLR vaudois se démarquait des consignes données alors par le président suisse Fulvio Pelli. La question est récurrente depuis bien plus longtemps. Il aura fallu une vingtaine d’années, si tant est que la rupture soit consommée en 2015, pour que la blochérisation de l’UDC suisse finisse par transformer aussi le paysage politique vaudois.

A des années-lumière de l’époque où les radicaux vaudois donnaient le ton de la politique cantonale, le PLR d’aujourd’hui peine à définir sa propre ligne, semblant osciller sous les pressions contraires. L’actuelle direction du parti se montre d’une extrême prudence. Bien que formée dans la tradition, elle perçoit que le désir de rupture, dont elle est elle-même en partie contaminée, est devenue majoritaire, sinon dans tout le parti du moins chez les candidats aux Chambres.

Pourquoi les anti-UDC ont-ils acquis plus d’emprise? Plusieurs facteurs l’expliquent. Une nouvelle génération, enhardie par les signes de redressement dont on accrédite le PLR après son long fléchissement, assume de se lancer en solo, libérée des arrangements politiciens. La faiblesse de l’UDC vaudoise, non dans ses suffrages mais dans son personnel politique, désinhibe également. Depuis la mort de Jean-Claude Mermoud, aucune personnalité du parti n’a encore d’envergure incontournable en vue de récupérer un siège aux Etats ou au Conseil d’Etat.

C’est surtout sous la Coupole fédérale que les hostilités sont allées croissant. Car il y a eu l’initiative contre l’immigration de masse. Le fait qu’elle a été acceptée par le peuple le 9 février 2014 n’empêche pas qu’on en veuille à ceux qui l’ont lancée. Avec la contestation du droit international, c’est la goutte qui a fait déborder le vase, chez beaucoup, le point de non-retour. Jusqu’alors, les UDC pouvaient encore être admis comme des partenaires sur la droite. Depuis, ils sont devenus des saboteurs de la prospérité suisse et lémanique, au nom d’une vision mythique du pays.

«C’est le combat des idéalistes et des mathématiciens», dit un représentant de la jeune garde pour résumer le débat actuel sur l’apparentement. Les trois actuels conseillers d’Etat PLR sont assimilés au second groupe.

L’UDC vaudoise apparaît dans ce contexte comme le demandeur de l’apparentement, ce qui est nouveau aussi. «Il en va du succès de la droite dans son ensemble», plaide la présidente Fabienne Despot. Sans doute une forme de notabilité est-elle aussi en jeu: son parti n’a pas envie d’être chassé de la famille. «S’ils ne nous veulent pas, au moins qu’ils nous le disent», s’exclame-t-elle. Un courage que le PLR n’a pas encore eu.

«C’est le combat des idéalistes et des mathématiciens»

Publicité