Le Temps: que représentent les soupes de carême pour vous?

Mgr Bernard Genoud: C'est l'occasion offerte aux chrétiens de nos paroisses de se retrouver autour d'une table pour prendre un repas en commun. Cette rencontre exprime la communion de personnes qui acceptent de partager le même menu, frugal, pour prendre conscience que dans le monde il y a des frères et sœurs qui n'ont pas de quoi manger. La soupe de carême est l'expression de la solidarité avec les personnes qui ont faim. Elle doit nous donner faim de solidarité, c'est pourquoi les sommes versées à cette occasion sont offertes à l'Action de carême.

– A ce titre, n'est-ce pas un alibi qui donne bonne conscience?

– La soupe de carême est un moment privilégié dans la vie d'une paroisse. Mais il y a d'autres moments qui suscitent également le sentiment d'appartenir à la grande famille humaine. Le temps du carême est le temps du partage, certes; mais pour un croyant, la solidarité ne peut et ne doit se limiter à cette seule période, car, là, ça serait une opération alibi. Tant qu'il y aura un seul enfant qui meurt de faim, la solidarité sera d'actualité et interpellera notre conscience. Il n'y a pas que ceux qui vivent dans nos paroisses qui participent à la soupe de carême.

– Aujourd'hui, cette tradition a-t-elle encore sa raison d'être?

– Plus que jamais, car ces expériences de privation, de frugalité, sont des moyens de montrer à notre société de consommation qu'il y a d'autres valeurs, celles du partage… Par ailleurs, ces rencontres paroissiales sont des lieux ou l'on peut proposer la foi, dire sa foi en Jésus Christ qui est le premier qui a tout partagé en donnant sa vie pour nous.

– Enfant, avez-vous pris part à des soupes de carême?

– Oui, j'aimais y aller, car c'était l'occasion de partager un repas avec mes camarades de classe, du catéchisme, ou de la paroisse. Mais c'était aussi l'expérience du renoncement: certains d'entre nous avaient encore faim en sortant de table, et cette faim, comme le disaient nos prêtres, devait nous faire prendre conscience de la richesse du renoncement. Par cette expérience, nous nous sentions proches des autres enfants dans le monde qui souffraient de la faim.