«Un constat initial, sur les sondages préélectoraux qui n’ont rien vu sur trois mouvements de sièges importants de ce dimanche électoral: le recul de l’UDC et la défaite lourde des Verts n’ont pas été anticipés; et le recul des libéraux-radicaux se révèle inférieur à la débâcle annoncée. Comme professionnelle des sondages, cela ne me surprend pas car une élection à la proportionnelle dans 26 cantons est très compliquée à anticiper. La taille des échantillons utilisés est sans doute insuffisante pour obtenir, à l’échelle nationale, des résultats fiables.

Sur le visage du nouveau parlement, je suis frappée par l’extraordinaire stabilité du paysage politique suisse. L’affaiblissement de l’UDC traduit la perte de l’électorat modéré de ce parti qui se retrouve dans le PBD issu de la crise interne à l’UDC après l’élection de Mme Widmer-Schlumpf au Conseil fédéral à la place de Christoph Blocher. L’UDC atteint son plafond. C’est l’effet Tempomat: une stabilisation à un niveau élevé. L’échec de l’UDC à conquérir le Conseil des Etats ne me surprend pas. Je ne leur donnais guère de chance dès lors que ces scrutins sont à la majoritaire. Leur stratégie se justifiait dans une perspective de long terme, mais elle était perdue d’avance.

Le recul significatif des Verts marque un léger affaiblissement de la gauche en termes macropolitiques. Quant au centre, et à la progression nette des Verts libéraux et du PBD, je suis malheureuse de cet émiettement du centre droit. C’est un processus inquiétant pour la future gouvernance de la Suisse. Ce n’est pas sain pour le parlement. Les rapports de force deviennent moins lisibles, plus aléatoires. Cela favorisera la tentation de négocier ses voix de façon non transparente. Ce n’est pas bon pour la démocratie.

En vue du Conseil fédéral, c’est compliqué. Je suis très inquiète à l’idée que le parlement réélise Eveline Widmer-Schlumpf. Cela n’a rien à voir avec ses compétences. Sa réélection serait une entorse majeure à l’idée d’une représentation proportionnelle des partis dans le gouvernement. Le PBD n’a pas de légitimité à avoir un siège au Conseil fédéral. S’il conserve son siège, ce sera un signal fort favorable à l’initiative de l’UDC pour l’élection du Conseil fédéral par le peuple, une initiative que je considère comme dangereuse pour la démocratie suisse. La droite modérée gagnerait à travailler ensemble mais elle y échouera à cause de cet enjeu du Conseil fédéral.»