Emil Landolt, 1949-1966. Ce radical, spécialiste en droit fiscal, est l’incarnation du politicien proche des gens, pragmatique et spontané. Il est entré dans l’histoire comme le Stapi (diminutif affectueux de Stadtpräsident), qui veille sur tous les habitants de sa ville comme un bon père. Reprenant la mairie après 21 ans de domination socialiste, il s’est efforcé de ne pas envenimer un climat politique tendu à la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Portant grand soin à la collégialité, il avait coutume de répéter: «Soyez gentils les uns avec les autres.»

Sigmund Widmer, 1966- 1982. Membre de l’Alliance des Indépendants, il a présidé aux destinées de Zurich pendant une période de forte conjoncture. Habitué à voir grand, certains de ses projets ont échoué, comme celui d’un métro ou l’organisation des Jeux Olympiques d’hiver. Ce prof de gymnase, historien et colonnel à l’armée n’a pas su à la fin de son règne gérer la crise du Mouvement des jeunes qui a déferlé sur Zurich en 1980. Avec son parti, en perte de vitesse, il s’est retrouvé entre les blocs et ne s’est pas fait réélire.

Thomas Wagner, 1982-1990. Ce Zurichois pur souche est un radical de la vieille école, ouvert et intéressé à la culture. Alors que les caisses sont pleines, et sous la pression des émeutes des jeunes, il ouvre la voie à toute une série de hauts lieux culturels alternatifs en ville de Zurich: la Rote Fabrik, le théâtre Gessneralle, la salle de cinéma Filmpodium. Il lance aussi le partenariat avec la ville chinoise de Kunming. Opposé en permanence à sa collègue socialiste Ursula Koch et à sa vision stricte de l’aménagement urbain, il aura la main moins heureuse. Il sera condamné pour violation du secret de fonction parce qu’il avait transmis des documents internes sur les futures zones à construire aux milieux immobiliers. En 1990, la gauche récupère la majorité à la Municipalité et Thomas Wagner perd son poste de maire.

Josef Estermann, 1990-2002. Réservé, voire introverti, ce socialiste d’origine lucernoise a fait le saut du parlement de la ville directement à la présidence. A son entrée en fonction, il s’inquiète d’une monoculture des banques et des services. Mais bien vite, alors que les déficits se succèdent, il s’engage pour renforcer la position économique de Zurich. Il tente de ramener le calme au sein d’un exécutif déchiré par le plan des zones à construire. Il est confronté à la misère des toxicomanes, massés en plein air au Letten. Sous sa direction, cette scène ouverte sera finalement évacuée, les institutions de prise en charge renforcées. Sa silhouette de gentleman cultivé fait merveille à l’opéra et au théâtre. Son bilan culturel est assombri par le dépassement des coûts de la nouvelle salle de théâtre du Schiffbau, symbole du renouveau des friches industrielles.

Elmar Ledergerber, 2002-2009. Pragmatique comme son précédesseur, le socialiste, lui aussi un catholique de Suisse centrale, a en plus une dimension baroque. Avec son grand chapeau noir, ses coups de gueule, son enthousiasme toujours renouvelé, il a inauguré un style nouveau de Stapi.Il n’a pas ménagé ses efforts pour polir l’image d’une métropole frémissante à la pointe des tendances les plus avancées. S’inspirant des techniques du marketing, il a fait de Zurich une marque à l’aura grandissante. Et qui se positionne par ses «events», ces manifestations de masse comme la Street Parade, le meeting d’athlétisme et freestyle.ch, le nouveau rendez-vous des fous de la glisse. Son énergie de fonceur a pu se développer pendant une période de haute conjoncture, dont la fin a coïncidé avec l’annonce surprise de son retrait de la politique.