Les homosexuels ont remporté une petite victoire devant la Cour de justice européenne. Cette dernière a estimé récemment que leur exclusion du don du sang était injustifiée. Cette décision relance le débat en Suisse également, où les gays ne peuvent pas donner leur sang. Même si la Suisse n’est pas tenue de suivre les avis de la Cour de justice européenne, Swissmedic, en charge de la surveillance des services suisses de transfusion sanguine, assure qu’elle lira attentivement sa conclusion, indique Lukas Jaggi, son porte-parole.

Lors de la dernière réévaluation des critères d’exclusion du don du sang des personnes ayant un comportement à risque, Swissmedic a notamment vérifié si un assoupplissement des restrictions actuelles pouvait accroître le risque de contamination des receveurs de produits sanguins. Ses experts en ont conclu que les techniques actuelle d’inactivation d’agents pathogènes ne suffisent pas à elles seules à assurer la protection des receveurs.

L’organisation suises des gays Pink Cross s’étonne de cette interdiction depuis longtemps: «les pays s’appuient sur les mêmes études. Comment explique que certains prônent l’interdiction et que d’autres ont déjà assoupli leurs critères?» s’interroge Rolf Trechsel, son vice-président. Pour Pink Cross également, la sécurité du receveur est primordiale, dit.il. «Donner son sang n’est pas un droit de l’homme. Mais par cette interdiction, on stigmatise une catégorie de la population».

Swissmedic rappelle que cette interdiction n’est pas liée à l’orientation sexuelle d’une personne mais au comportement à risque du donneur. «C’est un fait, il y a davantage d’homosexuels infectés par le VIH que d’hétérosexuels. Mais tous les homosexuels n’ont pas un comportement à risque et en précisant les critères, on limiterait également la discrimination», estime Rolf Trechsel.

La Suisse n’exclue pas d’examiner la possibilité de reformuler les critères actuels pour l’exclusion des donneurs de sang en tenant compte d’une nouvelle analyse des bénéfices et des risques. La décision de la Cour de justice européenne lui en donne la possibilité. Car Paolo Mengozzi, avocat général, estime que l’homosexualité ne constitue pas «en soi» un comportement qui justifie l’exclusion permanente du don du sang. Il a été largement suivi. La cour devait se prononcer sur le cas d’un Français, Geoffrey Léger, qui se bat depuis longtemps pour cette cause. Comme en Suisse, la France exclut du don du sang les hommes qui ont ou ont eu des rapports homosexuels. Un critère formulée de manière trop large et trop générique, estime la Cour.