Après plus de quatre ans d’enquête, le Ministère public de la Confédération (MPC) a déposé vendredi un acte d’accusation auprès du Tribunal pénal fédéral à l’encontre de deux hommes accusés d’avoir soutenu l’organisation terroriste Etat islamique (EI) et d'avoir participé à celle-ci.

Les autorités considèrent le principal accusé, un double-national suisse et italien installé à Winterthour, comme l’une des figures principales de la scène salafiste de cette ville. Il est accusé d’avoir rejoint en Syrie la force de combat de l’Etat islamique, Jaych al-Mouhajirine wal-Ansar, principalement composée de combattants étrangers.

Le MPC indique encore posséder la preuve qu’une fois de retour en Suisse, cet homme a usé de sa réputation de combattant pour recruter plusieurs nouveaux membres pour l’organisation terroriste. Il est soupçonné d’avoir joué un rôle de meneur dans la scène salafiste locale et entretenu des liens avec plusieurs individus déjà condamnés, en Europe, pour leur activité de recrutement.

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«L’émir» de Winterthour

Le MPC ne livre pas d’information sur l’identité des deux individus concernés. Mais selon la presse alémanique, le principal accusé serait S. V., 33 ans, un personnage qui se serait lui-même donné le nom d’«émir de Winterthour», dans une conversation internet avec une jeune femme. Il se serait rendu en 2013 en Syrie, où il serait apparu armé et vêtu d’une tenue de combat. En Suisse, la distribution gratuite de corans pour l’association «Lies!» lui aurait servi de vecteur de propagande. Il aurait fréquenté la mosquée An’Nour, fermée depuis, et entretenu des liens étroits avec Valdet Gashi, un champion de boxe thaïlandaise radicalisé, mort en Syrie en 2015, avec qui il aurait tenté de fonder un club de combat islamiste.

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Selon le Tages-Anzeiger, S. V. a été arrêté en février 2016, après que les autorités italiennes eurent averti les Suisses de ses liens présumés avec le prédicateur extrémiste de Bosnie Bilal Bosnic. Son implication dans un trafic d’anabolisants aurait permis à la police d’interpeller le jeune homme et de mener des perquisitions à son domicile. Le second accusé, un double-national macédonien et suisse installé à Frauenfeld, en Thurgovie, a tenté de gagner la Syrie dans le but de rejoindre l’organisation terroriste Etat islamique, indique le MPC. Il a été arrêté par la police en Macédoine avant de pouvoir atteindre son but. Lui aussi est accusé d’avoir recruté un nouveau membre pour l’EI, dans le but de l’envoyer rejoindre les zones de conflit en Irak ou en Syrie.

Le MPC, qui a ouvert une procédure en 2015 à l’encontre du premier homme, reproche également aux deux djihadistes présumés d’avoir soutenu l’Etat islamique et les organisations apparentées en diffusant du matériel de propagande et en étant en possession de représentations de la violence. La présomption d’innocence prévaut jusqu’à ce qu’un jugement soit entré en force, rappelle le MPC. Selon le dernier état des lieux du DDPS datant de mai 2019, 92 personnes, dont 31 avec le passeport helvétique, sont parties de Suisse pour rejoindre les combattants islamistes.