La fillette plongée dans le coma depuis vendredi a bel et bien absorbé de la méthadone. C'est ce qu'a confirmé lundi la porte-parole des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), Séverine Hutin. La police genevoise a ouvert une enquête dans le but de déterminer comment l'enfant a pu trouver et absorber la substance. Un fait qui demeure encore mystérieux. L'évolution de l'état de la fillette reste inconnue.

Rappel des faits: vendredi dernier, un bambin de treize mois et sa baby-sitter se baladent dans le préau de l'école primaire de la Roseraie, un quartier proche de l'hôpital de Genève. Soudainement, la fillette montre des signes de malaise. Conduite aux urgences pédiatriques de l'hôpital, elle semble souffrir d'une intoxication aux opiacés. Avisée vendredi en fin d'après-midi, la police genevoise déduit que la fillette a trouvé le produit sur le sol du préau, sous forme de comprimé, et l'a ingéré.

La brigade technique et scientifique a fouillé la zone du vendredi au dimanche, également à l'aide de chiens. Sans succès. Verrouillé depuis dimanche, le portail du préau a été rouvert lundi matin. L'enquête poursuit son cours. Mais les responsables de la police genevoise restent prudents: l'hypothèse selon laquelle l'enfant aurait pu trouver un comprimé de méthadone reste floue.

Un produit très contrôlé

En effet, la méthadone est un produit très contrôlé. Selon les chiffres de l'Institut suisse de prévention de l'alcoolisme et autres toxicomanies (ISPA), plus de 1500 personnes consomment de la méthadone à Genève, quatrième canton où celles-ci sont les plus nombreuses, après Zurich, Berne et Vaud. Un produit censé aider les héroïnomanes à sortir de leur dépendance.

La méthadone est prescrite en substitution de l'héroïne: mêmes effets que cette dernière, mais moins violents et plus durables. «Avec cette substance, la personne prend moins de doses par jour, ce qui lui permet d'être plus stable, de mieux s'intégrer dans la société, et surtout de sortir de l'illégalité», explique Corinne Kibora, porte-parole de l'ISPA. Un traitement qui peut néanmoins s'étaler sur plusieurs mois, voire plusieurs années.

L'administration de méthadone se fait principalement par le biais de centres spécialisés. A Genève, deux d'entre eux sont gérés par les HUG. L'un se trouve d'ailleurs à une rue de l'école de la Roseraie, où s'est déroulé le drame. Cinq autres font partie de la Fondation Phénix, une association de prise en charge des toxicomanes. Ce traitement de substitution peut également être administré par le biais d'un médecin traitant. Mais il reste confiné dans un cadre délimité et contrôlé.

La prise de méthadone s'effectue toujours sous contrôle visuel du médecin. Certains patients peuvent se procurer leurs doses en pharmacie, ou les emporter depuis le centre, mais seulement lorsque ceux-ci sont considérés par leurs médecins comme stables, ayant un projet de travail ou s'étant déjà partiellement réintégrés dans la vie sociale.

L'hypothèse de l'absorption d'un comprimé par la fillette est d'autant plus mise en doute que ceux-ci sont très rares. La méthadone se présente la plupart du temps en liquide incolore (empêchant ainsi d'être cachée sous la langue), mélangée à du sirop et donc jamais totalement pure. «Cela permet d'éviter la revente, car la substance est alors trop dense pour être injectée», explique Daniele Zullino, médecin-chef au service d'abus de substances des HUG. Une affaire jugée «bizarre» et «mystérieuse» par le spécialiste: «Le goût de ces comprimés est très amer. Il semble étrange qu'un bambin en ait avalé. Et s'il l'avait ingéré en liquide, les policiers auraient retrouvé la fiole.» Mais il n'exclut pas certains abus.

Marché noir

L'existence d'un marché noir de comprimés est d'ailleurs bien connue de la police, «comme toute autre forme de drogue», dit Jean-Philippe Brandt, son porte-parole. Un trafic jugé marginal par rapport à celui de la cocaïne. Sur les ondes de Léman Bleu, le conseiller d'Etat chargé du Département de l'économie et de la santé, Pierre-François Unger, a par ailleurs déclaré hier que ce drame ne devait pas remettre en cause le traitement à la méthadone.