Faut-il fusionner le Parti radical et le Parti démocrate-chrétien? L'idée a été lancée vendredi par le Tages-Anzeiger, suite aux remous provoqués par la démission du président radical Gerold Bührer. Le quotidien estime qu'une telle alliance est la seule manière de contrer la montée de l'UDC. La recette n'est pas nouvelle: en 1999, deux anciens secrétaires du PRD et du PDC avaient déjà proposé un tel pacte de coalition. La mayonnaise n'a pourtant jamais pris. Andreas Ladner explique les problèmes que poserait une telle fusion.

Le Temps: PDC et radicaux défendent souvent les mêmes idées. Peuvent-ils former un seul parti?

Andreas Ladner: A première vue, on peut avoir l'impression qu'ils y gagneraient. Les deux partis se ressemblent beaucoup. Tous deux voient leur électorat diminuer au fil des années, tous deux sont en concurrence avec l'UDC. Contrairement aux socialistes et aux démocrates du centre, le PDC et le PRD n'ont pas réussi à renouveler leur électorat en trouvant de nouvelles idées à défendre. Fusionner pour devenir le grand parti de centre droit pourrait donc effectivement avoir certains avantages en termes de positionnement dans l'arène politique nationale. Mais certaines différences seraient difficiles à gommer. Sur des thèmes comme l'avortement, le génie génétique ou l'Union européenne, une large frange du Parti radical est nettement plus progressiste que le PDC.

– Pourquoi les avantages se cantonneraient-ils au niveau national?

– Les divisions issues du Sonderbund sont encore très fortes dans les cantons de Suisse centrale par exemple: rapprocher démocrates-chrétiens et radicaux est inimaginable. En fait, ce problème se pose partout où le PDC domine la scène politique, comme en Valais ou dans le Jura. Les politiciens locaux ne sauraient se reconnaître dans un parti national unique. Et dans un système politique fédéraliste comme le nôtre, on ne peut pas imposer si facilement des changements de haut en bas…

– N'y a-t-il aucun canton qui pourrait expérimenter une telle fusion?

– Je n'en vois pas. A part peut-être ceux où le PDC représente une quantité négligeable, comme à Zurich par exemple.

– Vous excluez donc qu'il y ait une fusion un jour?

– Si cela devait se faire, ce serait une réaction défensive, suite à de très fortes pertes d'électeurs. Mais nous n'y sommes pas encore. En plus, ce parti ne serait pas simplement l'addition du PDC et du PRD. Une frange probablement assez importante de l'électorat s'en irait immanquablement à l'UDC: faute de se reconnaître dans ce nouveau centre, certains préféreront voter clairement à droite. Plutôt que de barrer la route à l'UDC, une telle fusion pourrait même lui servir. A long terme, je reste toutefois convaincu qu'il y a une place pour un parti de centre droit. Mais celui-ci devrait être libéral, écologique et progressiste. Pour l'instant, ce créneau reste à prendre.