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Le Conseil d’Etat vaudois demande un credit d'etude de 3,6 millions de francs pour prolonger la ligne des Transports publics du Chablais (TPC) au cœur de la station de Leysin. (Keystone/Jean-Christophe Bott)
© JEAN-CHRISTOPHE BOTT, Keystone

Alpes vaudoises

Une gare à 62 millions pour attirer au pied des pistes de ski la clientèle urbaine  

Le train desservant la station de Leysin doit être prolongé jusqu'au départ des remontées mécaniques. C'est un «projet prioritaire» du canton de Vaud, mais c'est la Confédération qui paiera

A Leysin, Pierre-Alain Morard ne pourrait être un directeur de tourisme plus heureux. Si tout va bien, le train permettra d’arriver en 2023 jusqu’au départ des remontées mécaniques de Télé Leysin. Le rail sera prolongé sur près d'un km, jusqu’au télésiège de la Tête d’Aï et jusqu'à la télécabine qui monte au restaurant tournant de la Berneuse. 

«Ici, tout le monde est conquis par le projet, explique le responsable touristique sur la terrasse du Beau-Séjour, autre fleuron de Télé Leysin, qui dominera la nouvelle arrivée. Les gens ont aussi été un peu surpris, ils se demandent si l’on peut vraiment espérer.»

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L'Aigle-Leysin (AL) prolongé, un tunnel de 780m, une nouvelle gare. 62 millions de francs au total, entièrement payés par la Confédération: il faut le voir pour y croire. Mais Leysin met toute sa confiance dans le canton. Le projet est porté avec enthousiasme par la conseillère d’État Nuria Gorrite. La ministre socialiste a fait du prolongement du petit train alpin une priorité de sa politique des transports. Au même titre que l’amélioration des prestations sur la ligne Lausanne-Genève ou sur celle de la Broye, une région à forte croissance démographique.

Les cantons se préparent 

Comment expliquer une telle promotion pour le tortillard alpin? Le coup d’accélérateur s’est produit le 9 février 2014, quand les Suisses ont approuvé le fonds fédéral pour financer l’essentiel des infrastructures ferroviaires. Depuis, les cantons se positionnent pour profiter de la première vague de crédits, que les Chambres devraient voter en 2018. Classé comme «desserte régionale stratégique», le prolongement de l’AL jusqu’au pied de la Berneuse fait partie des projets que les cantons de Suisse occidentale s’engagent à défendre en commun.

Au village, le syndic Jean-Marc Udriot, directeur et administrateur délégué de Télé Leysin, a pesé de tout son poids. Sa personnalité est suffisamment forte pour mériter auprès de certains administrés le surnom de «syndicator». Il préside aussi la Communauté d’intérêt des Alpes vaudoises, ce qui en fait un interlocuteur de référence du canton. Négocié avec la région, un pacte sur les investissements prioritaires dans les remontées mécaniques, l’hôtellerie et le tourisme «quatre saisons», a permis de lever en 2015 le moratoire qui bloquait les subsides cantonaux.

Lire aussi: Jean-Marc Udriot, un constructeur pour les Alpes vaudoises

 Malgré son ensoleillement exceptionnel, Leysin n’a pas toujours été la plus chanceuse des stations. Elle a dû se recycler après la fermeture des sanatoriums, réagir après le départ du Club Med’, dont elle était devenue dépendante. Elle affronte toujours la concurrence des autres «marques» des Alpes vaudoises, Les Diablerets, Villars et Château-d’Oex.

Une idée folle, le train de la Berneuse

Il y a quelques années, Leysin avait eu cette idée folle : faire monter le train jusqu’au sommet de la Berneuse. La justice a enterré ce projet, dont le coût financier et environnemental divisait la communauté locale elle-même. Cette fois, le train se contentera d’aller jusqu’au pied du massif, mais c'est tout de même une forme de revanche.

Alors qu’on avait cru leur mort prochaine, les petits trains des Alpes, fusionnés en 1999, ont bénéficié ces dernières années de massifs «investissements de rattrapage», explique Claude Oreiller, directeur des Transports publics du Chablais (TPC) : «La liaison train-télécabine est une excellente idée, déjà appliquée avec succès à Champéry. La nouvelle gare de Leysin est le plus prometteur de nos projets. Les premiers sondages sont encourageants, le tunnel ne devrait pas réserver de surprise géologique.» 

«Draguer la clientèle urbaine»

Vu du site de la future gare, face aux guichets des remontées et au magasin de sports, l’intérêt commercial du prolongement ne fait guère de doute. «Arriver en train au pied des pistes permet de draguer la nouvelle clientèle urbaine que toutes les stations s’arrachent», explique Pierre-Alain Morard. 1H20 de Lausanne au sommet de la Berneuse, qui dit mieux ? Une idée à développer : mettre à disposition des clients réguliers des casiers permettant d’entreposer son matériel pour toute la saison.

Mais pour bénéficier d’un financement fédéral, un projet ne doit pas servir au seul tourisme mais à l’ensemble de la population. C’est moins évident. «Un tiers de notre population, celle du quartier des Esserts, se trouvera près de la gare», justifie la commune. «Les gens de la plaine, par exemple le personnel du futur Hôpital du Chablais, seront tentés de s’installer à Leysin», imagine Patrick de Sépibus, qui a dirigé l’école hôtelière et siège au parlement communal. La direction des TPC ambitionne de doubler la fréquentation de la ligne grâce aux skieurs et aux pendulaires. Les plus emballés transfigurent le pittoresque train à crémaillère, y voyant un «métro alpin».  

Un projet qui sert surtout les remontées mécaniques 


Leysin compte 4000 habitants (dont mille étudiants) et pas moins de quatre gares. Mais ces stations ont été placées pour desservir les sanatoriums, pas le village qui s’est développé sans véritable centre. Le prolongement de l’AL aidera-t-il à structurer la localité ? Pierre Starobinski, un ancien directeur de l’Office du tourisme, n’y croit pas : «Il n’existe à ma connaissance aucun projet pour redéfinir un nouveau centre villageois aux abords de la nouvelle gare, l’éclatement dont souffre la localité risque fort de se poursuivre.»

Plus largement, Pierre Starobinski, l'une des rares voix critiques, épingle un projet qui «sert surtout les intérêts des remontées mécaniques et ne répond pas au besoin public. Ce développement reste fidèle à l’esprit du chacun pour soi qui prévaut de part et d’autre de la vallée, avec deux lignes ferroviaires non connectées.» Déplorant un manque de volonté de structurer la région par le rail, il regrette que la possibilité d’une boucle reliant Aigle, Leysin et les Diablerets (avec le glacier, phare des Alpes vaudoises) «n’ait pas été étudiée sérieusement, car c'est ce qui permettrait une promotion ambitieuse de toute cette région.»

Pendant ce temps, aux Diablerets

Aux Diablerets, les promoteurs de la station s’efforcent actuellement de sauver l’installation d’Isenau, en collectant les fonds propres qui déclencheront l’arrivée de l’aide cantonale. Ne regardent-ils pas avec jalousie les millions promis à Leysin au nom des transports publics ? «Je n’entre pas dans ce genre de querelle, répond le syndic-député Philippe Grobéty. Ce qui se passe à Leysin est bon pour nous tous. Du reste, le domaine skiable des Diablerets, avec la construction de deux nouveaux télésièges, est le premier où l'on voit concrètement que la distribution des subsides a repris.»

Crédit voté à l'automne

Tous les espoirs de Leysin, eux, reposent sur les crédits fédéraux. «Ni la région ni la compagnie ferroviaire n’auraient les moyens de financer le prolongement de l'AL, assure le directeur des TPC, Claude Oreiller. Quant au canton, pour prioritaire qu’il tienne le projet, il n’envisage pas davantage le payer lui-même. Au moins promet-il de bétonner le dossier: un crédit de 3,6 millions est demandé au Grand Conseil pour approfondir les études. Les élus vaudois se prononceront à l’automne.

 

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