Genève

Une «Genferei» pourrait compromettre les élections

La brochure électronique explicative mélange de vrais et de faux candidats, privilégiant certains au détriment d’autres. La Chancellerie reconnaît que cette version test n’aurait pas dû sortir. Mais l’UDC et Genève en marche vont déposer un recours

Au bout du Léman, tout indique que la «Genferei» ait gagné une véritable stature institutionnelle. Après l’affaire de la brochure de vote de la Ville, jugée partiale, qui avait provoqué l’annulation d’un scrutin l’année dernière, voici maintenant, révélée par la Tribune de Genève, l’histoire de la brochure en vue des élections cantonales, toute pleine de malice. Au point qu’elle pourrait tout bonnement compromettre les élections du 15 avril, plusieurs partis annonçant déposer un recours.

Un bulletin de vote égayant

Reproduisant un bulletin de vote factice pour l’élection au Conseil d’Etat, la brochure se veut explicative pour éviter l’invalidation des votes. Le hic, c’est que l’exemple mélange le vrai et le faux. Le réalisme va à la liste de l’Entente PLR-PDC quand le fantaisiste «parti Démocratie représentative et vigoureuse» remplace… qui vous voudrez. Dans cet égayant bulletin de vote se côtoient Jean Lemeilleur, Josiane Tropbon, mais aussi les véritables Stéphane Florey ou Thomas Bläsi. Aucune trace en revanche de Ronald Zacharias ou d’Yves Nidegger, ce qu’ils ne goûtent guère: «Le fait de voir un nom crée une proximité particulière, estime l’UDC Yves Nidegger. En ceci, la notice de la Chancellerie devient un genre de propagande dont je veux croire qu’elle n’est pas volontaire.»

Les griefs ne s’arrêtent pas à l’omission. Le dessin montre en effet un bulletin déjà coché, où l’on découvre que l’illustrateur plaisantin devait avoir un faible pour le PLR, dont il a coché les candidats, mais pas pour le PDC. Il a aussi préféré les socialistes Sandrine Salerno et Thierry Apothéloz à la sortante Anne Emery-Torracinta, boudée, tout comme les Verts et l’extrême gauche.

«Une bande d’incapables»

«Quand l’affaire a été dévoilée sur les réseaux sociaux, j’ai cru à un gag, raconte Bertrand Buchs, président du PDC. La Chancellerie est une bande d’incapables et mérite un grand coup de balai. Si on veut que les citoyens perdent totalement confiance en l’administration, qu’on continue ainsi.» Si son parti ne va pas faire recours pour autant, d’autres vont s’en charger, comme l’UDC et Genève en marche.

A la Chancellerie, où le malaise est palpable, on reconnaît «une maladresse», mais qui ne serait «pas de nature à influencer la libre formation de l’opinion des citoyens». L’Etat fait valoir que ces illustrations sont un test réalisé à l’été 2017, qui aurait dû être suivi d’un exemple définitif. Comment se fait-il que personne n’ait relu cette copie récréative? «C’est la version papier qui a été validée par les responsables [le vice-chancelier et le directeur du support et des opérations de vote, ndlr], et sur celle-ci, la police de caractère est si petite qu’on ne peut lire les noms», répond Patrick Ascheri, chef du Service des votations et des élections.

Cette affaire atteste d’un amateurisme affligeant

Pierre Gauthier, député d’extrême gauche

En revanche, la version électronique pose problème, car des citoyens, notamment des Suisses de l’étranger, ont agrandi l’illustration, provoquant le tollé que l’on sait. La Chancellerie a donc retiré cette version pour la remplacer par des noms fictifs, mais le mal est fait, aux yeux des recourants: «Personne ne peut dire quel sera l’impact réel de cette bourde, estime Ronald Zacharias. Je rappelle que la loi sur la police a passé pour 50 voix.» Pierre Gauthier, député d’extrême gauche et baptisé pour l’occasion Jérémie Peutêtre, réfléchit aussi au recours, «bien qu’un peu onéreux»: «Les gens vont maintenant prendre la loupe pour scruter la brochure papier! Cette affaire atteste d’un amateurisme affligeant.»

Si les recours devaient aboutir, Genève pourrait être privé de son élection au Conseil d’Etat, voire de celle au Grand Conseil, puisque les deux sont liées. Sans compter le remboursement des frais. La «Genferei» serait alors chère payée.

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