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Genève aéroport, le 21 août 2016.
© Salvatore Di Nolfi/KEYSTONE

Genève

Une grève à l’aéroport menace les départs en vacances

Alors que trois syndicats de contrôleurs aériens ont signé la nouvelle convention collective, le genevois Skycontrol a déposé un préavis de grève. Incompréhensible, pour les autres associations. Des perturbations sont attendues dès le 23 juillet

Un mouvement d’humeur genevois menace de perturber les départs en vacances des Romands. Skycontrol, un des syndicats de contrôleurs aériens, part en guerre contre son entreprise Skyguide, détenue à plus de 99% par la Confédération. Il a remis mardi matin un préavis de grève à la direction du groupe. Début des hostilités prévu le lundi 23 juillet et les jours suivants. Skycontrol est le seul syndicat de contrôleurs à agir de la sorte.

Le mouvement touchera le centre de contrôle régional de Genève, Genève Aéroport, mais aussi Sion, Berne, Lugano, Granges et Emmen. Il ira crescendo, avec un premier débrayage prévu le 23 au matin de quatre heures, suivi le lendemain par un débrayage de huit heures, et dès le mercredi toute la journée, soit de 6 heures à minuit et demi. Sans réaction de la direction de Skyguide, le mouvement sera reconduit, menace le syndicat. Selon ce dernier, les perturbations pourraient concerner une cinquantaine de vols par jour, ainsi que 3500 survols aériens de la Suisse.

«Une mascarade de CCT»

Qu’est-ce donc qui fâche les contrôleurs aériens de ce syndicat? La convention collective de travail (CCT) proposée par l’employeur n’est pas à leur goût: «Une mascarade de CCT», estime le syndicat, qui l’a rejetée à 77,2%, après une tentative de médiation externe qui n’a pas abouti. «Nous ne sommes pas favorables à la grève, c’est vraiment l’ultima ratio, explique le président de Skycontrol, Maximilien Turrettini. Nous y sommes poussés car la direction reste sourde à nos revendications, alors que le trafic augmente et que le nombre de contrôleurs aériens diminue.»

La première revendication concerne les jours de repos: «Comme nous sommes déjà en sous-effectifs, la répartition nous conduit à devoir parfois travailler six jours d’affilée, avec un jour de pause, suivi de cinq nouvelles journées de travail», avance Maximilien Turrettini. Ils exigent donc 125 jours de repos annuels. La seconde revendication porte sur une augmentation annuelle de salaire de 1,8% depuis 2017 pendant trois ans – le manque à gagner de 2017 à faire valoir sur les années suivantes –, ou une augmentation des jours de repos équivalente. Enfin, un moratoire jusqu’en 2020 sur les modalités de la caisse de retraite pose aussi problème aux employés, qui craignent une hausse de l’âge de la retraite.

Salaire moyen: 205 194 francs annuels

Pourtant, les conditions de la nouvelle CCT ne paraissent pas misérables à première vue. Avec un salaire moyen de 205 194 francs annuels (2017), les contrôleurs bénéficient d’une augmentation annuelle de 0,5%, plus l’inflation. Ce qui fait, pour 2018, 1,3% de hausse, contre 2,6% – en tenant compte de l’inflation – revendiqués par Skycontrol. Les contrôleurs travaillent 35 heures par semaine, et la retraite est à 56 ans.

Vu de Zurich, il s’agit bien d’une Genferei d’enfants gâtés: «Nous ne comprenons pas que nos collègues genevois aillent à la grève, confie Stefan Lischka, porte-parole du syndicat Aerocontrol à Zurich. Car la CCT qui nous est proposée nous donne une sécurité pour trois ans. Nous estimons qu’elle nous est favorable. En effet, il faut considérer tout le paquet, et pas seulement les conditions salariales.» De fait, la proposition mise sur la table par Skyguide a largement convaincu. Avec une participation au vote de 85%, trois associations sur quatre se sont prononcées en faveur de ce projet et l’ont signé mardi matin – Aerocontrol, le plus grand syndicat, l’a accepté à 84%; APC, à 89%; les non-syndiqués à 67%. Même l’Association du personnel de la tour de contrôle et du terminal (APTC), syndicat genevois, l’a accepté à 64%. Seul Skycontrol a dit non à 77%.

A la direction de Skyguide comme au gouvernement genevois, on prend la menace de grève au sérieux: «Le Conseil d’Etat suit le dossier de près et va s’assurer que toutes les voies ont été explorées, réagit Pierre Maudet. Il a bon espoir que les partenaires sociaux trouvent un terrain d’entente comme cela a été le cas à Zurich. Le Conseil d’Etat reste à disposition pour toute démarche utile.»


«Nous ne pouvons pas être plus généreux»

Alex Bristol, CEO de Skyguide, s’attendait à ce préavis de grève, jugeant que Skycontrol est mené par des militants radicaux. Bénéficiant du soutien des autres syndicats de contrôleurs, il reste ferme sur les prix

Le Temps: Skycontrol prétend que votre CCT est une mascarade. Surpris?

Alex Bristol: Plutôt déçu. Il était clair depuis un moment déjà que le syndicat Skycontrol n’était pas prêt à trouver un compromis avec le management, contrairement à tous les autres syndicats.

Genève connaît une explosion des vols (5,8% de hausse en 2017) et l’aéroport de Sion est en sous-effectif. N’y a-t-il pas un problème spécifique en Suisse romande qui exige une réponse spécifique?

L’augmentation du trafic n’est pas une spécificité genevoise, elle est reflétée dans le reste du pays. La densité actuelle est la même qu’en 2007, avec des technologies et des innovations qui rendent la tâche plus facile. En 2008, la crise a eu pour effet de diminuer considérablement le trafic, et ce n’est que maintenant qu’on a atteint le même point qu’il y a onze ans. J’ajoute que lorsque le trafic a baissé, Skyguide n’a pas baissé les salaires pour autant. Concernant Sion, nous avons reconnu être en sous-effectif depuis quelques années. Nous peinons à attirer des jeunes, car l’avenir de cet aéroport est incertain.

En 2017, Skyguide a réalisé des recettes de 470 millions de francs. N’est-ce pas suffisant pour concéder un geste salarial?

Selon les estimations, nous finirons l’année 2018 sur une légère perte, même si l’on ne tient pas compte de l’augmentation des salaires. Nous ne pouvons donc pas être plus généreux. Nous sommes prêts à partager les revenus supplémentaires pour autant que cela ne crée pas une hypothèque sur l’avenir. Si nous augmentons trop les salaires de base, nous irons au-devant de problèmes les années où les choses pourraient aller moins bien. Nous avons trouvé une solution à la fois acceptable pour les contrôleurs et soutenable pour l’entreprise.

Skycontrol se plaint d’une mauvaise répartition des jours de repos. Vous contestez?

L’exemple de six jours puis cinq jours de travail entrecoupés d’un seul jour de repos fait figure d’exception. Mais c’est encore conforme aux prescriptions de l’agence indépendante Eurocontrol à Bruxelles. Ce qui donne l’impression aux quelques contrôleurs d’une surcharge, c’est qu’ils travaillent aujourd’hui jusqu’à 35 heures par semaine, alors qu’il y a trois ans, lorsque le trafic était moindre, ils ne travaillaient que 32 heures par semaine pour le même salaire. Soit 205 194 francs annuels en moyenne.

Comment allez-vous réagir face à cette menace de grève?

Skyguide va rester ferme. Tous les autres syndicats ont signé la convention, ce qui prouve que notre proposition est juste. La demande d’une minorité de syndicalistes radicaux n’est pas réaliste. J’ai le sentiment que ce mouvement est plutôt le fait d’individus militants qui créent la pression et forcent les autres à suivre. Nous avons le soutien de nos partenaires aériens, EasyJet et Swiss, et de la conseillère fédérale Doris Leuthard, qui a écrit aux syndicats. Nous espérons que la plupart des contrôleurs, aujourd’hui dans l’émotionnel, repenseront leur décision en voyant les réactions des autres syndicats. Je ne vois personne pour les soutenir, ni le grand public, ni les passagers, ni les politiques.

Comptez-vous sur l’aide du conseiller d’Etat Pierre Maudet?

Nous sommes en contact avec lui, il est toujours tenu au courant de ce qui se passe. Nous allons donc poursuivre ce dialogue.

Envisagez-vous des sanctions?

Il est trop tôt pour le dire. Ce qui est clair en revanche, c’est que nous devrons recréer un partenariat social avec les membres de Skycontrol aussi, et je vois mal comment y parvenir avec les actuels membres du comité.

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