Défi climatique

Une grève nationale pour le climat le 15 mai 2020

Les activistes de Climate Strike espèrent étendre leur mouvement au monde du travail en comptant sur le soutien des syndicats

Les jeunes activistes du climat annoncent leur prochain mouvement de grève pour le 15 mai 2020 en Suisse et espèrent rééditer le succès de la grève féministe du 14 juin dernier, qui avait été suivie par quelque 500 000 personnes. Ils comptent en effet s’en inspirer en créant des collectifs régionaux chargés d’organiser de nombreuses actions ponctuelles pouvant aller jusqu’à l’arrêt de travail.

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Le mouvement Climate Strike, appelé Grève du climat en Suisse romande, compte plusieurs centaines de membres dans tout le pays. Il regroupe majoritairement des écoliers, des apprentis, des gymnasiens et des étudiants, mais aussi des personnes plus âgées qui y apportent leurs expériences respectives. Contrairement à Extinction Rebellion, qui prône la désobéissance civile non violente et des actions de blocage, il s’inscrit dans une pluralité d’actions qui inclut la voie institutionnelle. Ce mardi, son premier appel a d’ailleurs concerné la participation aux élections fédérales du 20 octobre. Se voulant politiquement indépendant, il n’a cité aucun parti. Mais il réclame un parlement «climatocompatible», soit s’engageant pour une neutralité climatique à l’horizon 2030 déjà. C’est là un but beaucoup plus ambitieux que celui que s’est fixé le Conseil fédéral, qui vise 2050.

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S’inspirer de la grève des femmes

«La jeunesse climatique veut paralyser la Suisse», a récemment titré le journal populaire Der Blick. Cela ne sera pas tout à fait cela le 15 mai 2020. Les jeunes se donnent huit mois pour mettre sur pied cette action. «Nous voulons désormais toucher le monde du travail, soit les classes d’âge de 30 à 60 ans, qui sont actuellement les moins représentées dans notre mouvement», déclare Loukina Tille, étudiante à l’EPF de Zurich. «Notre but est d’intégrer tout le monde, tous âges confondus, à notre réflexion sur la société de demain, de manière à trouver les meilleures solutions possibles pour lutter contre le réchauffement climatique», ajoute-t-elle.

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Les activistes du climat ne cachent pas qu’elles et ils comptent bien s’inspirer de la grève féministe du 14 juin dernier. «Si les gens peuvent se mettre en grève, tant mieux. S’ils ne le peuvent pas, nous espérons qu’ils participeront à des actions ponctuelles tout au long de la journée», explique Steven Tamburini, étudiant en lettres et médiateur culturel et scientifique à l’Université de Lausanne. L’événement sera organisé de manière très décentralisée grâce à la mise sur pied de collectifs régionaux.

Pour que leur manifestation ait du succès, les jeunes comptent sur le soutien actif des syndicats. «Nous avons déjà adressé une requête dans ce sens à l’Union syndicale suisse (USS), relève Jelena Filipovic, membre du groupe Strike for Future. Nous espérons entamer avec eux une réflexion sur les conséquences qu’aura le changement climatique sur la condition des travailleurs, car ce défi pose de nombreuses questions sociales.»

Pierre-Yves Maillard ouvert

Contacté par Le Temps, le nouveau président de l’USS, Pierre-Yves Maillard, se dit prêt à les recevoir sans tarder. Aujourd’hui père de deux enfants de 10 et 12 ans, il déclare que la question de la participation de l’aîné à la grève du climat s’est posée à la table familiale – «même si on y a finalement renoncé. J’ai suivi avec intérêt, et même passion, les mouvements de grève des femmes et pour le climat qui se sont déroulés cette année. Je n’avais jamais connu pareille mobilisation», confie-t-il. Pierre-Yves Maillard n’a qu’un regret: dans le même temps, les effectifs des syndicats sont en baisse. Dès lors, son message aux jeunes est clair: «Si vous voulez faire évoluer ou changer le système économique, vous devez rejoindre les syndicats. Ce n’est que par l’addition de toutes les forces qu’on pourra inscrire le mouvement climatique dans la durée et faire pression sur l’économie.»

Même son de cloche chez Barbara Gysi, la conseillère nationale et présidente de l’Association du personnel de la Confédération, qui se dit, elle aussi, très ouverte. «Je pense que les syndicats vont soutenir ce mouvement», note-t-elle en précisant: «Mais nous devrons nous engager pour des mesures qui ne pénalisent pas socialement les travailleurs.»

Pour les jeunes, une chose compte avant tout: «Nous devons maintenir la pression de la rue sur le monde politique», insiste Lena Bühler, gymnasienne à Berne. Elle comprend certes que le parlement fédéral travaille à un rythme lent, alors que l’urgence climatique s’impose. «Mais il serait déjà possible de prendre des mesures concrètes au niveau cantonal, comme l’interdiction des chauffages à mazout.»

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