Quel prix politique Céline Amaudruz devra-t-elle payer pour son écart de conduite? La question est sur toutes les lèvres depuis les révélations du Temps sur les circonstances de l’interpellation de la conseillère nationale genevoise en état d’ébriété au volant. Si la direction nationale de l’UDC attend pour se prononcer sur d’éventuelles sanctions, le comportement de la vice-présidente du parti sème le trouble dans la classe politique.

Mardi passé, Céline Amaudruz avait spontanément annoncé avoir été contrôlée avec un taux d’alcoolémie excédant la limite légale, disant regretter son comportement et rendant hommage au travail de la police. Mais la conseillère nationale n’avait pas tout dit sur cette nuit du 10 au 11 décembre, loin s’en faut. Elle n’a pas dit qu’elle avait été contrôlée avec 1,92‰ d’alcool dans le sang après avoir refusé de souffler dans le ballon dans un premier temps. Elle n’a pas dit qu’elle avait tenté de joindre le procureur général Olivier Jornot – sans succès – pendant le contrôle de police. Elle n’a surtout pas dit qu’elle avait appelé le conseiller fédéral Guy Parmelin à la rescousse depuis le poste de police, lequel s’est entretenu avec l’agent en charge.

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A quel point ces omissions fragiliseront-elles la vice-présidente de l’UDC Suisse? Son avocat, Christian Lüscher, se veut rassurant: «Comme Céline Amaudruz avait déjà été transparente avec la direction de son parti, cette dernière n’a pas été prise de court par les dernières révélations, affirme-t-il. Et les premiers contacts qu’elle avait eus avec le parti lui avaient déjà permis d’obtenir du président et du chef de groupe la manifestation de leur confiance.»

«Un coup dur pour Céline Amaudruz et pour le parti»

A lire les déclarations du secrétaire général de l’UDC, Gabriel Lüchinger, à Blick.ch, l’UDC semble pourtant plus perturbée que cela. Expliquant que sa formation a besoin «d’analyser la situation» et attend l’issue de la procédure pour prendre d’éventuelles mesures, Gabriel Lüchinger avoue que le parti a «tout de même été un peu surpris par ce téléphone au conseiller fédéral, même s’il est vrai que Céline Amaudruz et Guy Parmelin sont amis et qu’elle lui a probablement juste demandé son avis.» Selon le quotidien alémanique, les discussions vont bon train en coulisses quant à la compatibilité entre le comportement de Céline Amaudruz et sa fonction.

Le président de la section genevoise de l’UDC, Marc Führmann, estime, lui que cette affaire «est un coup dur pour Céline Amaudruz et pour le parti. Mais nous laissons la justice faire son travail et c’est à tête reposée que nous discuterons des dimensions politiques de cet épisode». La conseillère nationale genevoise devra donc patienter avant d’être fixée sur l’étendue des conséquences politiques de sa mésaventure.

Communiquer de manière transparente

Interpellé en 2007 après une sortie de route avec un taux d’alcoolémie de 1,5‰ alors qu’il présidait le gouvernement valaisan, le socialiste Thomas Burgener estime que Céline Amaudruz aurait mieux fait d’être plus transparente.

«A l’époque, j’avais immédiatement communiqué ce qui m’était arrivé, y compris le taux d’alcoolémie, explique-t-il. Parce que je savais que si je ne disais pas toute la vérité, elle finirait par sortir. Je ne peux pas imaginer que Mme Amaudruz ait pu penser que Guy Parmelin pourrait intervenir et je peux entendre qu’elle l’ait appelé pour du réconfort. Mais je pense qu’elle aurait dû tout dire, tout de suite, sur son taux d’alcoolémie comme sur son comportement.»

Une ligne rouge: la prison

Sa sortie de route n’avait pas coûté sa carrière à Thomas Burgener. Jugé dans le canton de Vaud, il avait pourtant écopé de 40 jours-amendes à 250 francs, avec sursis. «Le comportement de l’accusé qui, de par sa fonction, devrait montrer l’exemple, commande une sanction sévère», écrivait alors le juge Jacques Antenen en rendant son verdict. Mais pour Thomas Burgener, la ligne rouge aurait été une peine de prison ferme: «Dans ce cas, j’aurais évidemment dû démissionner». Le Valaisan reconnaît tout de même que, pour des raisons culturelles, il est «probablement plus facile de survivre politiquement à ce genre de choses en Valais, au Tessin ou à Neuchâtel qu’ailleurs».

Condamné lui aussi pour avoir conduit en état d'ébriété (0,6 o/oo) et perdu la maitrise de son véhicule pour conduite en état d’épuisement, en 2005, le Tessinois Filippo Lombardi trace la même ligne rouge: «A l'époque, les choses étaient claires avec mon parti: une peine privative de liberté ferme m'aurait contraint à démissionner.» Le conseiller aux Etats souligne lui aussi qu'au Tessin, «il n'y a pas eu de réaction moralisatrice de la part des électeurs». Mieux, l'épisode aurait même «un peu humanisé» son personnage. Mais l'élu est formel: «Les partis n'aiment pas du tout ce genre de choses.»

«Au minimum, le retrait sera de trois mois»

Si la prison est la ligne rouge, Céline Amaudruz doit-elle se faire du souci? En l’absence de récidive, a priori non. «A Genève, pour un taux de près de 2‰, le tarif est habituellement de 100 jours-amendes, estime l’avocat Jacques Roulet, spécialiste de la route. A quelque chose comme 150 ou 200 francs par jour, suivant les revenus de la personne. Le tout avec sursis, si ce n’est pas une récidive, mais avec une amende immédiate équivalente au quart du total des jours-amendes. Cela dit, la sanction pénale peut être plus importante s’il y a eu d’autres infractions ou une opposition à l’action de la police.»

En revanche, explique Jacques Roulet, «Depuis 2014 et Via Sicura, un taux supérieur à 1,6‰ est considéré comme une inaptitude à la conduite. Ce qui entraîne, en plus du retrait préventif du permis, un retrait de sécurité avec des examens visant à déterminer si la consommation d’alcool est habituelle. Ensuite de quoi l’institut médico-légal rend son rapport au service des véhicules, qui statue. Au minimum, le retrait sera de trois mois, probablement plutôt de 4 à 6 mois pour un taux de près de 2‰.»


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