Genève

Une guéguerre syndicale enflamme le commerce genevois

Unia et le SIT dénoncent une Convention collective de travail négociée dans leur dos avec un syndicat qui ne serait pas représentatif du commerce de détail

Quand les syndicats genevois sont furax, ils convoquent la presse pour dénoncer «les manœuvres patronales». Dans le cas d’espèce, les commerçants sont visés, qui veulent étendre une Convention collective de travail (CCT) qu’Unia et le SIT n’ont pas négociée. Un rival, la Société des employés de commerce (SEC), leur a en effet ravi la politesse. Le scénario écrit mardi avait ceci d’original que ces syndicats ont rameuté de manière informelle. Pourquoi tant de mystère? Mardi matin se tenait une séance du Conseil de surveillance du marché de l’emploi (CSME) – commission tripartite compétente en matière de politique du marché du travail – dont ils pensaient connaître les conclusions, jugées désagréables: «Nous dénonçons la tentative des patrons de contourner les syndicats représentants du secteur en allant chercher une autre organisation dite syndicale et non représentative du commerce de détail pour signer la CCT, déclare Davide De Filippo, du SIT. «Et avec la caution du conseiller d’Etat Mauro Poggia», ajoute Alessandro Pelizzari, d’Unia.

Ces syndicats avaient pourtant dénoncé la CCT en 2016, «dans le but de pouvoir renégocier, mais on a essuyé un refus catégorique», explique Davide De Filippo. «Ils n’ont pas été exclus, rétorque Stéphanie Ruegsegger, secrétaire générale de l’Union des associations patronales genevoises (UAPG). Ils ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes s’ils ont dénoncé la CCT de manière unilatérale. Les commerçants n’ont eu d’autre choix que de trouver un autre partenaire.» Pour combler le vide conventionnel, un contrat type a été mis en place en 2017, lequel ne serait plus valable si la convention entrait en vigueur. Ce qu’Unia et le SIT combattent avec la dernière énergie, estimant qu’elle ne règle pas les problèmes de sous-effectifs et la planification du travail notamment. Et qu’elle ouvrirait la voie à l’ouverture des commerces trois dimanches par an, en plus du 31 décembre, objet sur lequel les Genevois se prononceront le 19 mai prochain.

«Un abus de droit gravissime»

«Pour nous, cette CCT n’existe pas, c’est un abus de droit gravissime», assène Davide de Filippo. Ces syndicats doutent en effet que le quorum – la majorité des employés du secteur doivent être touchés – ait été atteint, indispensable pour une extension facilitée. Une hypothèse qui mettrait le syndicat rival hors jeu, ce qui ne serait sans doute pas pour leur déplaire. Mais au Département de l’emploi, Mauro Poggia n’est pas homme à prendre des risques inconsidérés. On l’imagine plus enclin à vérifier ses chiffres deux fois qu’à commettre une erreur qui ferait du SIT et d’Unia des héros. Aussi tempère-t-il: «La transmission de la demande d’extension n’a pas encore eu lieu car tous les partenaires sociaux doivent pouvoir examiner les documents requis.» Sans CCT depuis trois ans, le commerce de détail peut attendre encore quelques jours. D’autant plus qu’il a gagné une manche judiciaire en obtenant du Tribunal fédéral administratif l’effet suspensif du contrat type, qui prévoit l’indexation automatique des salaires.

La repartie des syndicats genevois promet d’être cinglante: déposer un recours si la demande d’extension de la CCT devait aboutir. Ce que déplore Sophie Dubuis, présidente de la Fédération du commerce genevois: «Les syndicats ignorent la situation de crise que traverse le commerce de détail. De plus, ils prennent le risque que les employés ne soient pas protégés.»

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