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Une hallucinante collection de bolides genevois saisie dans l’affaire 1MDB

Des voitures de super-luxe appartenant au financier émirati Khadem al-Qubaisi ont été séquestrées par le Ministère public de la Confédération. Leur valeur totale avoisinerait les 50 millions de francs

Une collection de «super-voitures» immatriculées à Genève et possédées par l’un des principaux suspects du scandale financier 1MDB a été saisie par le Ministère public de la Confédération (MPC), a appris Le Temps de sources proches du dossier.

Ces modèles rares de voitures de sport, comprenant des Pagani et Bugatti valant jusqu’à 2,5 millions de francs pièce, appartiennent à Khadem al-Qubaisi, ancien président de la banque suisse Falcon et directeur du fonds souverain émirati IPIC. Ce flamboyant financier a reçu plus de 472 millions de dollars issus du pillage du fonds souverain malaisien 1MDB, selon une plainte civile du Département américain de la justice. Il a été inculpé dans l’enquête menée en Suisse sur 1MDB.

Deux sources ayant une connaissance directe de cette procédure ont confirmé au Temps que le MPC a saisi des voitures appartenant à Khadem al-Qubaisi, sans préciser le nombre exact de véhicules séquestrés. Selon l’une des sources, le financier émirati avait amassé une cinquantaine de bolides, tous porteurs de plaques helvétiques, dont une dizaine se trouverait toujours en Suisse et une trentaine d’autres ailleurs en Europe. La valeur de cette collection hors normes avoisinerait les 50 millions de francs.

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Certains de ces supercars sont gardés par le Service genevois des véhicules, dans des entrepôts tenus secrets pour des raisons de sécurité. Roland Godel, porte-parole du Département genevois des infrastructures, dont dépend le Service des véhicules, a indiqué au Temps qu’il ne pouvait pas s’exprimer sur ce dossier, celui-ci étant entre les mains du Ministère public de la Confédération. Le MPC se retranche quant à lui derrière sa politique consistant à «ne pas commenter les éventuelles étapes de procédure».

Comme collectionner des Panini

Mais certains éléments de la collection de Khadem al-Qubaisi sont connus. Un rapport du bureau d’enquêteurs privés Heptagone a ainsi identifié sept véhicules appartenant au financier. Il s’agit d’une Pagani Huayra immatriculée GE 1603Z, d’une Bugatti Veyron Super Sport immatriculée GE 4618Z, de deux Bugatti Veyron orange et rose se partageant la plaque GE 12825, de la Bugatti Veyron Super Sport immatriculée GE 13109, de la Bugatti Veyron GE 4609Z et d’une plus modeste BMW X6 immatriculée GE 13182. Tous ces véhicules sont porteurs du timbre rouge indiquant que leur propriétaire vit à l’étranger, ou du «Z» signalant une plaque suisse provisoire valable avant réexportation.

A quoi rime cette accumulation de modèles semblables, en particulier de véhicules aussi chers que des Bugatti Veyron? Chez les hyper-riches, acheter des séries de voitures similaires n’est pas exceptionnel. «Dans leur milieu, avoir un supercar est presque la norme, donc ils veulent une collection entière», expliquait en 2007 le financier anglais Paul Naden, grand amateur de voitures de sport, au journal Evening Standard. Un connaisseur du dossier Al-Qubaisi compare cette accumulation au fait de «compléter sa collection de vignettes Panini».

Fiscalité suisse avantageuse

Les voitures de Khadem al-Qubaisi ont été importées en Suisse par la société JokerDrivers, qui possède un bureau aux Ports francs de Genève. Sur son site internet, elle dit s’adresser à des «personnages en vue, qui […] sont passionnés de la vie, désirent l’excellence et comprennent le luxe et l’exclusivité». Son patron, Leonardo Pace, n’a pas souhaité s’exprimer sur l’affaire.

La Suisse est un bon endroit pour importer et réexporter des véhicules de luxe en raison de ses taux de TVA et de ses droits de douane attractifs. Le propriétaire d’une «super-voiture» y paiera 8% de TVA et 4% de droits de douane, soit 12% de taxes en tout. En France, le même véhicule serait imposé à 30% (20% de TVA et 10% de droits de douane).

Khadem al-Qubaisi utilisait ses voitures suisses pour se déplacer en Europe, notamment à Saint-Tropez où il posséderait une dizaine de villas. Le blog malaisien «Sarawak Report» avait publié en 2016 une image le montrant sortant du restaurant de plage Nikki Beach au volant de sa Pagani Huayra immatriculée GE 1603Z.

On ignore dans quelle mesure sa collection de supercars a été payée par l’argent détourné de 1MDB. Une personne qui connaît Khadem al-Qubaisi précise que ce dernier était «déjà riche avant» cette affaire. La plainte civile américaine de 2017 détaille l’achat par l’Emirati de propriétés de luxe aux Etats-Unis pour quelque 100 millions de dollars, mais ne dit rien des voitures. Selon un proche du dossier, le MPC a pu saisir les véhicules soit parce qu’il soupçonne qu’ils sont le produit de la fraude, ou à titre de «créance compensatrice», pour assurer le paiement d’une future amende ou compenser les pertes infligées à 1MDB.

Khadem al-Qubaisi a été écarté du fonds souverain IPIC et de la banque suisse Falcon en 2015, lorsque les détournements au préjudice de 1MDB ont commencé à apparaître. Selon l’un de ses avocats, qui ne veut pas être cité nommément, il est actuellement détenu dans un lieu tenu secret aux Emirats arabes unis.

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