C’est un scénario que peu de spécialistes avaient imaginé! L’an dernier, les coûts de l’assurance obligatoire des soins n’ont augmenté que de 1,7%, alors qu’ils grimpaient d’environ 4% ces dernières années. Ils se rapprochent ainsi de la croissance du PIB d’environ 1,5%, comme le souhaite toute la classe politique. Selon l’association faîtière des caisses Santésuisse, la hausse des primes pour 2019, qu’annoncera le ministre de la Santé, Alain Berset, la semaine prochaine, devrait rester raisonnable, soit «inférieure à 3% en moyenne suisse».

Fortes différences cantonales

Les derniers chiffres publiés par Santésuisse confirment une tendance lourde. De plus en plus, les charges se déplacent de l’hôpital stationnaire à l’ambulatoire. Ainsi, en 2017, les coûts du premier ont baissé de 3,1% alors qu’ils augmentent de 2,7% pour la médecine ambulatoire.

On enregistre la plus forte hausse, soit 4,6%, dans le secteur des médicaments. C’est dû au fait que l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) n’a repris qu’à la fin de l’an dernier le réexamen régulier de leur prix à la suite d’une interruption de trois ans due à l’attente d’un arrêt du Tribunal fédéral. De plus, la Suisse est un pays où le recours aux génériques est largement inférieur à la moyenne internationale.

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Dans l’ensemble, les perspectives sont bonnes à la veille de la publication des primes d’assurance maladie. «Mais attention: il faut s’attendre à de fortes différences cantonales», a prévenu la directrice de Santésuisse Verena Nold. Un avertissement qui concerne évidemment les cantons romands. Si les dépenses par assuré atteignent 3850 francs en Suisse pour l’assurance de base, quatre cantons romands dépassent voire pulvérisent cette moyenne, à commencer par Genève et Vaud, suivis de Neuchâtel et du Jura.

Forte croissance des coûts à Genève

C’est déjà quasiment sûr aujourd’hui. Pour les deux cantons de l’Arc lémanique, la hausse des primes sera plus élevée que les 3% de moyenne pronostiqués par la faîtière des assurances. Vaud maîtrise désormais bien ses coûts hospitaliers stationnaires, mais beaucoup moins ceux des soins ambulatoires. Quant à Genève, il faut craindre le pire. Tous les indicateurs sans exception sont à la hausse, la croissance s’étant révélée deux fois plus forte qu’en moyenne suisse en 2017. En cause, une densité de médecins «nettement plus élevée» qu’ailleurs en Suisse. Cela dit, il faut rester prudent: les caisses ne fixent pas leurs primes qu’en fonction des coûts de l’année écoulée, mais aussi des perspectives pour l’exercice en cours et pour 2019.

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Malgré ce répit relatif en matière de coûts de la santé, Santésuisse estime qu’il serait faux de se reposer sur ses lauriers, mais qu’il faut au contraire poursuivre les réformes envisagées. Sur ce plan, elle est assez proche de la feuille de route que le Conseil fédéral a dévoilée la semaine dernière. Baisse du prix des médicaments par l’introduction d’un prix de référence comme on le fait déjà à l’étranger, introduction de tarifs forfaitaires aussi dans le secteur ambulatoire et planification sanitaire supracantonale. «Il y a trop d’infrastructures hospitalières», a déploré Verena Nold, surtout à une époque où le patient n’hésite plus à franchir les frontières cantonales. Mais Santésuisse tient aussi à responsabiliser l’assuré. Elle se déclare en faveur d’une hausse de la franchise de base et de l’introduction d’une taxe dissuasive – «par exemple 50 francs» – dont devraient s’acquitter tous ceux qui surchargent les services d’urgences des hôpitaux pour des cas bénins.