L’une des évasions les plus rocambolesques de l’histoire pénitentiaire suisse trouvera son épilogue ce mardi. L’ancienne gardienne de la prison de Limmattal Angela comparaît devant le tribunal de Dietikon (ZH) pour avoir aidé le détenu Hassan à prendre la fuite en février dernier.

L’histoire de ce couple improbable fascine outre-Sarine. Angela, 33 ans, décrite par son avocat comme une jeune femme «bien éduquée, ouverte, pleine d’aplomb et sûre d’elle», semblait mener une vie rangée. Après une formation de soignante pour chevaux, elle obtient un diplôme de maturité puis travaille dans l’administration d’une caisse de pension. Adepte de boxe thaïe, elle est mariée. L’Argovienne était embauchée depuis 2013 au sein des établissements carcéraux zurichois, depuis mai 2015 dans la prison de Limmattal.

C’est là qu’elle rencontre Hassan, 27 ans, déjà condamné à deux reprises pour des agressions sexuelles, en attente d’un jugement pour viol. Arrivé en Thurgovie en tant que réfugié en 2010, il est lui aussi passionné par les arts martiaux. «Ce n’était pas un coup de foudre», racontera Angela plus tard dans une interview à la «Weltwoche». La gardienne s’occupe d’apporter les repas aux détenus, enregistre leurs allées et venues. Les occasions de discuter et de nouer des liens sont nombreuses. L’idylle se tisse au fil du temps, à mesure que le mariage de la jeune femme se délite. Le 3 décembre, Hassan est condamné à quatre ans de prison pour viol. Mais aux yeux d'Angela, il a été injustement condamné.

Simplicité déconcertante

Elle décide de libérer le jeune homme le 8 février 2016. L’évasion, décrite dans l’acte d’accusation, semble d’une simplicité déconcertante. Vers 21 heures, alors qu’elle est de garde, Angela remet son téléphone à Hassan pour lui permettre d’appeler un ami. Peu avant minuit, la jeune femme quitte la chambre de piquet, désactive l’alarme et ouvre la porte de la cellule. Six minutes plus tard, les fugitifs se trouvent hors des murs de la prison. Ils montent dans la voiture d’Angela et foncent en direction de la gare de Dietikon. Dans sa course, la conductrice manquera de peu d’entrer en collision avec un autre véhicule en sens inverse.

La BMW noire d’Angela s’arrête une dernière fois sur une aire d’autoroute, près de Chiasso, avant de rejoindre l’Italie. Là, le couple retrouve l’ami contacté quelques heures plus tôt, qui leur transmet de l’argent, un téléphone et une adresse. Ils vivront cachés dans un appartement dans un village à une centaine de kilomètres de la frontière suisse durant deux semaines, avant de rejoindre une autre planque, à Romano di Lombardia. C’est là que prendra fin leur évasion, lors d’une arrestation impliquant une quarantaine de policiers italiens et des hélicoptères.

Mariage en vue

Entre-temps, les rumeurs ont circulé sur les desseins du couple. Angela, dit-on, serait prête à rejoindre le djihad en Syrie aux côtés d’Hassan. On imagine la jeune femme captive de l’ancien détenu, voire morte. «Ma cliente n’a pas apprécié les fausses informations qui ont circulé sur son compte, affirme aujourd’hui son avocat. Elle n’est pas la victime qu’a décrite la presse et elle est prête à prendre la responsabilité de ses actes devant la cour».

Celle qui a depuis retrouvé un travail à plein-temps et tente de refaire sa vie loin du tumulte médiatique répond d’assistance à l’évasion, d’entrave à l’action pénale et de violation des règles de route, ainsi que d’infraction contre le patrimoine. L’accusation requiert 27 mois de détention, dont sept fermes.

Le motif de son geste? L’amour, n’a cessé de clamer Angela. Dans une vidéo réalisée lors de la fuite et envoyée à 20 Minuten, elle affirmait avoir trouvé «l’homme de sa vie». Hassan, lui, n’a pas été poursuivi pour l’évasion. En décembre, sa condamnation pour viol a été confirmée par le tribunal de Zurich. En comptant sa précédente peine, il doit passer cinq ans et demi derrière les barreaux. Angela compte l’attendre de pied ferme: le couple a annoncé vouloir se marier.