L’asile ne préoccupe pas seulement les politiciens. La société civile entend également y mettre du sien. Les actions spontanées se multiplient en Suisse à l’égard des migrants. «En sept ans de carrière à l’EPER, je n’ai jamais vu ça. Mais les gens se sentent souvent démunis dans leur bonne intention. Ils ne savent pas comment aider», constate Philippe Bovey, secrétaire romand de l’Entraide protestante suisse. A l’instar de cette Lucernoise, qui a organisé une récolte d’habits et de jouets dans un café le 18 septembre. Plus de 200 invités se sont inscrits sur sa page Facebook… mais la jeune femme ne sait toujours pas à qui remettre le fruit de sa récolte, raconte la Zentralschweiz am Sonntag .

L’EPER a ouvert une hotline* ce mercredi, en allemand et en français, pour informer les gens sur la situation de l’asile et les conseiller, les aiguiller, s’ils souhaitent se mobiliser. «En Suisse, par exemple, il n’y a pas de crise. Le plus urgent est de favoriser l’intégration, en offrant de son temps pour donner des cours, par exemple, ou en mettant à disposition un logement. Dans ce cas, notre hotline les redirigera vers une organisation (comme l’OSAR) qui s’occupe d’organiser ce type d’hébergement», illustre-t-il.

«En Suisse, il n’y a pas besoin de récolter des habits»

«En Suisse, il n’y a pas besoin de récolter des habits ou des aliments pour les envoyer sur place. Nos partenaires, sur le chemin migratoire en Serbie par exemple, sont capables de se procurer des biens de premières nécessités. Les envoyer par camion, c’est déstabiliser le marché local! Il vaut mieux leur donner de l’argent.» Il reconnaît la difficulté de cette hotline: «il nous faudra canaliser les élans de générosité, sans froisser les sensibilités.»

Au niveau national, des organisations d’entraide se mobilisent également pour éviter que les futurs centres fédéraux pour demandeurs d’asile – en discussion ce jour au parlement – soient totalement isolés de la société civile. «Les autorités veulent des centres clos, gérés par des professionnels, sans accès direct avec la population locale. Mais nous ne voulons pas que ces centres deviennent des prisons!», lance Lukas Niederberger, directeur de la Société suisse d’utilité publique (SSUP).

Favoriser les échanges entre les requérants et la population locale

Une nouvelle plateforme, initiée par l’Observatoire suisse du droit d’asile et des étrangers, Amnesty International ainsi que Solidarité sans frontières, et financée par la SSUP, a vu le jour fin août. Dénommée «Société civile dans les centres fédéraux d’asile», cette plateforme veut favoriser les échanges entre les requérants et la population locale. Encore en construction, elle permettra aux participants d’échanger leurs expériences, pour offrir des cours ou des ateliers aux migrants par exemple, explique sa coordinatrice Fabienne Bratoljic.

L’objectif est également de devenir un interlocuteur privilégié du Secrétariat d’Etat aux migrations. «Nous voulons construire une relation de confiance avec les autorités», souligne Lukas Niederberger.

La hotline de l’Eper: 021 613 44 56.