Mis sur pied par l’Etat de Genève en novembre 2016 à la suite du plébiscite populaire du principe d’une traversée routière du lac, le «Conseil consultatif Traversée du lac» a pour premier mandat de rendre un avis au sujet d'une traversée du lac par un pont ou un tunnel. Les 22 membres de ce conseil, représentants de partis politiques, de collectivités publiques et d’associations, doivent rendre leur verdict sur ce point d’ici au mois de septembre. Le conseil s’est réuni six fois depuis son institution et a auditionné plusieurs experts, spécialistes des ponts comme des tunnels, paysagistes et géologues. Où en sont les travaux et que peut-on en espérer? Le point avec le président du Conseil, Raymond Loretan.

Le Temps: Vous êtes chargé de trancher d’ici à septembre entre la réalisation d'un pont ou d'un tunnel, vous avez auditionné des experts, certaines esquisses ont été diffusées auprès du public. Comment procédez-vous et que peut-on dire aujourd’hui de l’avancée de vos travaux?

Raymond Loretan: J’ai tenu à commencer par une chose simple: emmener mon Conseil parcourir le tracé, en bateau, du Vengeron à la Pointe à la Bise puis en bus jusqu’au secteur Thônex-Vallard. J’ai voulu rencontrer les maires des communes des deux rives de manière informelle. Cela a donné lieu à beaucoup de questions, notamment sur le tracé. J’ai tout de suite été clair: le tracé ne fait pas partie de notre mandat, il a été défini par le Conseil d’Etat et avalisé par l’Office fédéral des routes. Je n’ai pas à me prononcer sur sa légitimité politique. Mais j’ai entendu les maires et je leur ai assuré qu’ils seraient formellement invités à une audition. Ce sera fait en juin. Pour ce qui est de nos premières séances, nous avons une bonne base de travail. Beaucoup d’études ont déjà été faites, notamment un rapport de synthèse des études de faisabilité de mars 2011.

L’étude qui fait encore défaut porte sur l’impact des nouvelles technologies numériques sur le développement de l’automobile. Y aura-t-il encore des voitures dans trente ans? La question n’est pas anodine… Des rapports techniques plus récents et les auditions que nous avons conduites nous ont donné un éclairage actualisé des enjeux des options pont ou tunnel et permis de nous approprier le sujet et d’approfondir notre connaissance. Actuellement nous sommes en train de former notre opinion. Ma satisfaction, c’est qu’il a peu d’idéologie autour de la table, peu d’a priori, et beaucoup de pragmatisme. On essaie d’éviter les affrontements stériles gauche/droite ou écologie/voiture.

– Quelle est la méthode?

– Nous avons établi une grille de critères pondérés par nous-mêmes dans les domaines environnemental, social et économique. Au terme de l’exercice, nous aurons donc une vision très objective, chiffrée même, des impacts de l’une ou l’autre des variantes. Après viendront bien sûr des discussions plus politiques et émotionnelles, mais elles se dérouleront sur la base d’une analyse sérieuse menée ensemble. Je ne suis pas pressé, il faut que nous laissions mûrir nos opinions jusqu’à l’été, loin du débat public. Fin septembre, nous serons en mesure de donner un avis. Le Conseil d’Etat décidera ce qu’il en fera.

– En mars, vous avez laissé filtrer auprès du public les esquisses présentées par l’architecte Santiago Calatrava. Les réactions émotionnelles ne se sont pas fait attendre, à la fois chez les «pro-tunnel» qui détestent tout ce qui sort de l’eau, que chez les «pro-ponts» qui vantent le geste architectural, ainsi que chez les opposants qui ne veulent pas entendre parler de traversée du tout. Votre mission s’annonce compliquée…

– Non, je crois que toutes ces réactions sont intéressantes, en ce sens qu’elles maintiennent le thème en éveil dans l’opinion publique. Le sujet est émotionnel, c’est normal, et c’est tant mieux. La composition du Conseil est d’ailleurs le reflet de toutes ces sensibilités.

– Au sein même du Comité, il y a des opposants farouches face au principe de la traversée. Comment pouvez-vous leur demander de faire un choix entre deux choses qu’ils ne veulent pas?

– La présence de ces personnalités au sein du Conseil est précieuse et enrichissante, en ce sens qu’elles mettent le doigt sur des problèmes réels. Je crois savoir qui est fondamentalement contre la traversée dans le Conseil. Mais en tant que président, je ne laisse personne s’avancer une seconde sur le terrain du bien-fondé ou non d’une traversée. Ce n’est pas notre mandat. Notre mandat, c’est de choisir entre un pont et un tunnel. Or même un opposant farouche peut poser les bonnes questions sur les avantages de l'un ou de l'autre.

– Que se passera-t-il quand vous aurez choisi entre le pont et le tunnel. Votre comité est institué jusqu’en décembre 2019. Quel sera son prochain mandat?

– Cela dépendra du Conseil d’Etat. Les travaux de la phase 1 nous mettront sur la voie de ce que doit être la phase 2. Dans notre rapport final de septembre, nous ferons sûrement des suggestions pour le mandat suivant. Cela pourrait être la question du tracé, sur la rive gauche.

– Le plus compliqué, on le sait, ce sera le consensus politique. Vous paraît-il possible?

– S’il ne me paraissait pas possible, je n’aurais pas accepté cette mission. Je reste persuadé qu’une inauguration de l’ouvrage en 2030 reste possible.

– Qu’est-ce qui pourra faire pencher la balance?

– Il y a eu une votation populaire, elle doit être respectée. L’opposition est présente dans le conseil consultatif, et c’est une excellente chose. Le fait d’avoir participé pleinement et activement aux travaux du Conseil sera peut-être de nature à faire réfléchir les réfractaires les plus farouches.