Un manque urgent de financement de 19 millions de francs, un Conseil d'Etat qui n'a pas su s'entendre et défendre le dossier de façon cohérente bien qu'il ait versé en réalité quelque 46 millions, la Ville de Genève qui fuit ses responsabilités, une Fondation du Stade de Genève qui ne siège plus qu'à trois membres sur 10. Le constat dressé par les députés Ivan Slatkine et Sami Kanaan dans l'attendu rapport sur les dysfonctionnements liés au Stade de Genève est accablant. D'un point de vue institutionnel en tout cas. Les deux membres de la Commission de contrôle de gestion du Grand Conseil genevois ont auditionné de nombreux acteurs du dossier pour tenter de comprendre pourquoi on en est arrivé à une situation pour le moins alarmante. Le psychodrame que vit Genève depuis quelques semaines avec Marc Roger, le «sauveur» du Servette FC et propriétaire de la Société d'exploitation du stade, en est l'illustration la plus visible. En graves difficultés financières avec le club de football, il n'honore pas non plus ses obligations envers le Conseil de fondation, propriétaire du stade. A trois ans et demi de l'Eurofoot 2008, une reprise en main s'impose.

Manque urgent de financement

Aujourd'hui, la facture totale du stade se chiffre à près de 117 millions. Si les coûts ont augmenté dans cette proportion, c'est aussi que le projet a passablement évolué depuis 1997. Le site de la Praille a dû être sécurisé, la capacité du stade rendue eurocompatible, passant de 25 à 30 000 places. De plus, sous pression de Canal +, société qui gérait le stade jusqu'en 2002 et sur laquelle on avait trop misé, de nombreux aménagements ont dû être entrepris pour faire de ce stade «très basique» un lieu convivial avec buvettes, centre de conférence, etc. Pour Sami Kanaan toutefois, si le montage financier a laissé à désirer, la facture globale est, en comparaison internationale, plutôt modeste. Avec un coût de 2020 francs la place, le Stade de Genève est considéré comme bon marché. Il n'empêche. La Fondation du Stade a un urgent besoin de 19 millions pour notamment payer les travaux réalisés par Zschokke (dont la facture de 10 millions a déjà augmenté d'un demi-million en raison des intérêts), mais aussi les impôts en retard.

L'attitude légère de la Ville

Le rapport met en lumière le grave manque de coordination entre la Ville et le canton: «La Ville de Genève […] clairement bénéficiaire (ndlr: grâce à un échange de terrains) jusqu'à présent sur un plan financier, a réussi trop facilement à fuir ses responsabilités alors qu'elle a présidé la Fondation du Stade.» Le conseiller administratif André Hediger, soutenu par l'exécutif municipal, n'avait en effet pas hésité à claquer la porte de la Fondation qu'il présidait quand un important manque de financement est apparu. «C'est d'autant plus étonnant que, contrairement à l'Etat, la Ville avait approuvé la réalisation de tous les suppléments au stade», relève Ivan Slatkine

Le canton également accusé

Le canton n'est pas épargné par les rapporteurs. Ils s'étonnent que l'Etat ait réalisé très tard qu'il était en réalité le «pilote par défaut» du projet. «Il y a eu un gros malentendu sur la nature juridique du projet», souligne Sami Kanaan, les privés estimant qu'il s'agissait d'un projet public et l'Etat, a contrario, d'un projet privé.» Le manque de coordination entre Départements de l'Etat est fustigé: «Les différents services de l'Etat ont connu des divergences majeures ayant eu des conséquences importantes sur le plan financier […] sans qu'il y ait eu […] un arbitrage politique clair et net.» Illustration de l'incurie: lors de la conclusion de la convention sur le stade avec Marc Roger en février dernier, les deux représentants de l'Etat ont voté chacun différemment. Le rapport est clair: «L'Etat a une grande difficulté à adopter une approche globale, structurée et cohérente pour de grands projets qui concernent plusieurs Départements.»

L'avenir

Les rapports entre la Société d'exploitation et le Servette FC doivent être revus. De plus, la Fondation du Stade doit être assainie en urgence. Les députés suggèrent qu'elle prenne la forme d'une société anonyme de droit public afin de mettre fin aux confuses responsabilités entre privés et collectivités publiques.