Les Suisses devront se prononcer sur un renforcement de la protection des animaux allant jusqu'à l'interdiction d'importer de la viande casher ou halal. La Protection suisse des animaux (PSA) a déposé mercredi à la Chancellerie fédérale à Berne une initiative munie de 118 217 signatures. Parmi les cantons ayant apporté le plus grand lot de paraphes figurent Zurich, Berne, Vaud et les deux Bâles. La récolte a été plus large dans les régions citadines que dans les zones rurales, a indiqué Alain Zwygart, vice-président de la PSA, organisation faîtière regroupant 58 sociétés locales ou régionales.

La PSA a utilisé l'arme de l'initiative populaire, estimant que la révision en cours de la loi ne va pas assez loin. L'éventuelle levée de l'interdiction de l'abattage rituel a aussi été un des moteurs du lancement de ce texte intitulé «Pour une conception moderne de la protection des animaux (Oui à la protection des animaux)». Le Conseil fédéral prévoyait à l'origine d'autoriser sous certaines conditions les communautés juive et musulmane à égorger les animaux de boucherie selon leur tradition religieuse. Une véritable levée de boucliers l'a contraint à faire marche arrière. La loi devrait toutefois expressément prévoir l'importation de viande casher et halal pour répondre aux besoins des pratiquants. L'initiative de la PSA rendrait impossible une telle option puisqu'elle interdirait l'importation de produits d'origine animale si leur fabrication à l'étranger contrevient à la législation suisse. Or les initiants veulent aussi ancrer définitivement dans la Constitution l'interdiction de l'abattage sans étourdissement avant la saignée. Pour Alain Zwygart, il s'agit d'être cohérent et de ne pas se voiler la face en laissant faire à l'étranger ce qui est prohibé en Suisse. D'après lui, les importations seraient confidentielles, de moins en moins de juifs et de musulmans poussant la pratique religieuse jusqu'à consommer casher ou halal. L'interdiction d'importation frapperait aussi les œufs de batterie ou les cuisses de grenouilles.

Le parlement devrait rejeter cette initiative, qu'il traitera en même temps que la révision de la loi sur la protection des animaux. La commission de la science du Conseil des Etats a suspendu ses travaux sur le projet du Conseil fédéral, attendant le message sur l'initiative avant de se remettre au travail. La révision de la loi pourrait faire office de contre-projet indirect à ce texte.