«Une initiative motivée par la jalousie»

Markus*, 55 ans, vit dans le val de Bagnes, où il passe environ cent jours par an. En Valais, il se considère comme «retraité», bien que le reste du temps, il voyage et mène ses activités d’investisseur privé en Europe, essentiellement en Suède, son pays d’origine. Au bénéfice d’un forfait fiscal depuis 2008, Markus s’est d’abord acquitté de 100 000 francs d’impôts par an. Lorsqu’il a acheté un appartement plus grand, en 2011, ce montant est passé à 200 000 francs.

Jusqu’ici, il s’est toujours senti bien traité en Suisse. Peu après son arrivée, le municipal responsable des finances de sa commune l’a invité à déjeuner «en guise de remerciement» pour sa contribution fiscale. «J’apprécie de payer mes impôts en Suisse, j’apprécie ce système. Mais s’il est aboli, je quitterai le pays et rendrai mon permis de séjour», affirme Markus, convaincu que la plupart des forfaitaires feront de même. «J’ai plusieurs maisons en Europe et aux Etats-Unis. J’établirai ma résidence à Malte ou à Londres. Là-bas, les taxes sont proches de zéro.»

Il ne souhaite pas pour autant défaire ses liens avec la Suisse. A 10 ans déjà, il venait skier à Verbier. Il a commencé à travailler dans le secteur bancaire, ici, dès l’âge de 20 ans, avant de poursuivre sa carrière dans une banque d’investissement en Suède. Sa femme vit à Genève, sous un régime d’impôts classique. «Je ne suis pas un simple touriste, s’emporte-t-il. Je paie mes assurances, j’ai des notes au restaurant pour des dizaines de milliers de francs. J’emploie des chauffeurs, des domestiques, des menuisiers.» Au total, il estime ses dépenses en Suisse à quelque 400 000 francs par an. Il souligne aussi son soutien financier à un projet immobilier à Verbier, comprenant 14 appartements, un hôtel et un spa. «Les étrangers au forfait, retraités comme moi, apportent énormément à la communauté.»

Si cette initiative passe, prédit-il, la situation sera «catastrophique», surtout pour les cantons de Vaud, Valais et Genève. «Il n’y aura pas de gagnants, les Suisses se tireront simplement une balle dans le pied en renonçant à 700 millions de recettes fiscales annuelles.» Markus accorde aux détracteurs des forfaits fiscaux une certaine «compréhension». Mais, «je pense que l’équité est un moindre avantage, en comparaison avec les revenus rapportés par le système actuel. Pour moi, cette initiative est motivée par la jalousie.»

* Nom connu de la rédaction.