Alors que les partis de gauche pouvaient caresser l'espoir de voir les centristes les rejoindre dans leur opposition à l'initiative anti-impôts, perpétuant ainsi l'isolement dans lequel les libéraux se trouvaient jusqu'ici sur le sujet, il aura suffi d'un accord jugé trop généreux avec la fonction publique et d'une discussion budgétaire chaotique pour que les démocrates-chrétiens et les radicaux passent avec armes et bagages dans le camp libéral. Tout ce qui restait du consensus péniblement élaboré lors de la table ronde de l'été 1998 a donc volé en éclats, et c'est dans une classique logique de bloc Alternative/Entente que les partis partiront au combat.

Mais au-delà de cette recomposition politique, déjà esquissée lors du récent vote sur le budget de l'Etat, un autre fait retient l'attention: la force du vent antifiscal qui souffle désormais sur Genève. Les assemblées de jeudi sont à cet égard intéressantes. Les observateurs savent bien qu'il faut toujours avoir un œil sur les assemblées politiques des partis centristes, car leur composition sociologique concorde avec celle de la population du canton. Et ce qui s'y est passé est éloquent: les radicaux et les démocrates-chrétiens n'ont pas suivi les positions défendues – il y a deux mois à peine – par leurs élus. Malgré leur vocation gouvernementale, et dans un climat de méfiance à l'égard de l'exécutif, ces deux partis ont décidé de soutenir clairement la baisse d'impôts prônée par les libéraux, au risque d'aggraver encore les difficultés budgétaires de l'Etat.

A l'approche des élections fédérales, les radicaux et les démocrates-chrétiens n'ont sans doute pas voulu laisser le champ libre aux seuls libéraux pour exploiter une veine qui s'annonce électoralement profitable. A Genève, en deux ans, les citoyens ont refusé massivement tout à la fois une hausse des impôts immobiliers – alors même qu'une infime partie d'entre eux sont propriétaires – et un consensus issu d'une table ronde, alliant équitablement hausses d'impôts et baisses de prestations.

A la rentrée, après une campagne particulièrement courte en raison de la pause estivale et de l'envoi du matériel électoral le 6 septembre déjà, les Genevois diront s'ils veulent accorder une baisse d'impôt à tous les citoyens qui en paient. Tant la brièveté de la campagne que le climat antifiscal ambiant seront favorables à ce genre de propositions.

F. L.