Un vote sur les langues à l'école. Tel est l'objectif d'un comité principalement animé par des enseignants, qui a annoncé hier à Zurich le lancement d'une initiative populaire. Opposés à l'introduction successive de l'anglais en 3e année et du français en 5e, militant contre la surcharge des programmes, ses membres veulent forcer les autorités cantonales à limiter à une seule le nombre de langues étrangères abordées à l'école primaire.

«Dans ce cas ce serait l'anglais», admettent les initiants, qui connaissent l'engouement de la population pour cette langue. Selon eux, le renvoi du français au degré secondaire – il ne serait enseigné qu'à partir de la 7e année – ne serait pas un coup de boutoir dans la cohésion linguistique confédérale. «On en reviendrait à la situation prévalant voici quelques années, et le français bénéficierait en contrepartie d'un enseignement approfondi et obligatoire pour tous les élèves.»

Avec sa proposition, le comité estime «jeter un pont» entre les exigences modernes (l'anglais) et une bonne connaissance des langues, et en particulier de la langue d'apprentissage. Attachés à un objectif de «résistance pédagogique», ses membres soulignent les faiblesses des écoliers en allemand, qui ressortent notamment du comparatif international PISA. Ils se prononcent en particulier contre l'introduction de l'anglais par un système d'immersion, et des modules répartis dans d'autres cours, comme l'approche de l'environnement. «C'est la garantie d'élèves qui ne connaissent bien ni les sciences naturelles, ni l'anglais», proteste Urs Loosli, président de l'association des maîtres secondaires (SekZH) très active parme les initiants.

Pour ses rédacteurs, «l'initiative se préoccupe d'abord de l'intérêt des enfants.» Ils se défendent toutefois de perdre de vue les objectifs de cohésion nationale de l'enseignement des langues, qu'ils estiment remplis avec l'enseignement obligatoire du français en 7e année. A Appenzell Rhodes-Intérieures, seul canton à connaître l'anglais en 3e et le français en 7e, ce dernier n'est pas obligatoire pour tous.

Conseillère d'Etat zurichoise en charge de l'enseignement, Regina Aeppli estime que l'initiative «repose sur une conception dépassée de l'enseignement des langues». «Plus les enfants apprennent tôt, mieux ils apprennent», souligne-t-elle. Elle note aussi qu'un report du français au secondaire battrait en brèche les plans de la Conférence intercantonale des directeurs de l'Instruction publique (CDIP) attachée à l'apprentissage d'une langue nationale au degré primaire.