«Stop Racisme», «Nos vies noires comptent», «No Justice, No Peace», «Le racisme existe aussi en Suisse». Quelques-uns des slogans qui ornaient les pancartes brandies par la foule rassemblée au centre de Lausanne, samedi en fin d'après-midi. Après les 10 000 personnes qui ont défilé mardi dernier à Genève, un millier de manifestants ont répondu à l'appel du Collectif des associations afro-descendantes de Suisse romande. Sur la place de la Riponne, la diversité de l’audience était à l’image des multiples teintes des parapluies.

Samson Yemane, étudiant en sciences politiques à l'UNIL, est membre du collectif organisateur: «Tout le monde n’a pas pu aller à Genève, tout le monde n’avait pas les moyens. Il y a eu un petit événement la semaine passée à Lausanne mais ça n’était pas officiel. On a décidé de monter ce rassemblement légalement pour que les gens viennent soutenir cette cause: il y a une souffrance dans la communauté afro-descendante qui a besoin de s’exprimer», détaille-t-il en marge de la foule.

Parmi les signatures de cet appel figurent plusieurs formations de gauche, comme la Jeunesse socialiste vaudoise: «Il s’agit de rendre visible un problème constamment ou trop souvent laissé de côté qui est le racisme systémique, notamment au sein de la police, et les violences qui en découlent», a expliqué Léon de Perrot, porte-parole de cette section. 

Il faut sensibiliser la police. 

Léon de Perrot, porte-parole de la Jeunesse socialiste vaudoise.

Le temps fort aura été le silence de la foule pendant 8 minutes 46 secondes, un genou à terre et un poing levé en hommage à George Floyd et à toutes les victimes de violences policières. Ces minutes faisaient référence à la durée de l’agonie de l’Afro-Américain mort asphyxié sous le genou d’un policier à Minneapolis le 25 mai dernier.

Le collectif demande la création d’un organe de contrôle indépendant de la Police et du Ministère public pour examiner les plaintes pour discrimination raciale opérées par les autorités. Il propose également une collaboration entre les associations de lutte contre les discriminations raciales et les polices communales et cantonales pour trouver des solutions. 

Lire à ce sujet l'interview de Rokhaya Diallo : «La conscience noire, en France, se rapproche de ce qui se passe aux Etats Unis»

Deux revendications auxquelles les jeunes socialistes vaudois adhèrent pleinement. «Des témoignages venus de l’intérieur tel que celui d’Andréas Janin, cet ancien policier, confirment qu'il faut sensibiliser les officiers de police dans leur formation, relève Léon de Perrot. C’est aberrant que ce ne soit pas le cas.» Mais si l'appel à se réunir pointait les violences policières, ce n'est pas là l'unique message que voulaient faire passer les associations présentes: «Il ne s'agit pas uniquement de dénoncer les discriminations au sein de la Police, mais dans les institutions de toutes sortes et de manière générale dans la société», ajoute Samson Yemane.

Après plusieurs témoignages de victimes de violences policières, le dernier dernier locuteur, vivement porté par les paumes entrechoquées, marque la fin de la manifestation en s’adressant à la foule non-racisée: «Je vous aime! Si vous êtes là, il serait idiot que je vous parle de racisme. Vous êtes nos chevaux de troie». Sous un parapluie, un couple s’enlace longuement, tandis que les cloches tintinnabulent à l’arrière plan. 

Organisée sur une place de La Riponne entièrement bouclée avec des barrières, la manifestation faisait écho à d'autres rassemblements organisés ailleurs en Suisse plus tôt dans l'après-midi. 

A Berne, 3000 à 4000 personnes se sont ainsi rassemblées sans autorisation sur la Place fédérale. La plupart portaient des vêtements noirs et des masques contre le coronavirus. La police a tweeté qu'elle tentait de joindre les responsables de la manifestation.

Des manifestations non-autorisées 

A Zurich aussi, les manifestants étaient presque exclusivement habillés de noir, arborant des pancartes aux slogans tels que «White silence is violence». La police a d'abord tenté de les dissuader de manifester en raison des restrictions dues à la pandémie. Mais elle a finalement fait preuve de compréhension et donné l'autorisation, à condition que tout se déroule pacifiquement.

Les forces de l'ordre ont ensuite sécurisé l'événement, qui s'est poursuivi sans heurt, selon un journaliste de Keystone-ATS. A Saint-Gall, plus de mille personnes se sont rassemblées sous le slogan «Black Lives Matter», le tout pacifiquement, selon la police de la ville.

Vêtus de noir

Selon les règles de la Confédération concernant la pandémie de coronavirus, seuls les rassemblements jusqu'à 300 personnes sont autorisés. C'est la deuxième semaine consécutive que la Suisse connaît des manifestations contre la violence policière et le racisme.

Malgré les restrictions dues à la pandémie, des milliers de personnes sont descendues dans les rues de nombreuses villes européennes ces derniers jours. Le déclencheur en a été la mort de l'Afro-américain George Floyd dans une brutale opération de police aux États-Unis le 25 mai dernier.

Le week-end est placé sous le signe de la lutte contre les inégalités puisque dimanche, plusieurs rendez-vous sont prévus pour marquer le premier anniversaire de la grève des femmes. Organisé le 14 juin 2019, l'événement avait vu des centaines de milliers de femmes défiler dans les rues suisses pour protester contre les discriminations sexuelles. 

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