Reportage 

Une journée à Zermatt, coupée du monde

La station valaisanne est isolée depuis samedi soir. Certains touristes tentent de quitter les lieux par tous les moyens, pendant que d’autres savourent leurs vacances prolongées

C’est d’abord un bourdonnement qui vient des profondeurs de la vallée. Et puis soudain la machine perce la brume et manœuvre au-dessus du village. Elle atterrit au beau milieu des chalets et repart quelques minutes plus tard. Sur la longueur, le spectacle est un peu répétitif mais les passants n’en décrochent pas. Leur espoir de quitter Zermatt rapidement tient au ballet de ces hélicoptères.

La chic station valaisanne est coupée du monde pour la deuxième fois de l’année depuis samedi soir à 22h. La ligne ferroviaire et la route qui la relient à Täsch sont fermées à cause des risques d’avalanche évalués à cinq sur cinq par les services compétents. Jusqu’à nouvel ordre, les vols navettes d’Air Zermatt, à 70 francs par personne pour quelques minutes de trajet, représentent la seule possibilité de regagner la plaine.  

Encore faut-il que les hélicoptères puissent décoller. Dimanche, les conditions météo ne leur ont permis d’officier que durant deux petites heures alors que des centaines de touristes sur le départ attendaient leur tour. «Certaines personnes ont attendu plus de quatre heures pour finalement devoir revenir à l’hôtel», glisse le réceptionniste d’un bel établissement. Lundi, les navettes devaient démarrer dès 9h mais les chutes de neige abondantes et la visibilité médiocre ont retardé leur entrée en service de quelques heures. Ce mardi, les évacuations ne pourront débuter qu’en fin de matinée. Avant cela, les machines seront réquisitionnées pour du dynamitage préventif d’avalanches.

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Urgence à partir

Pour une partie des 9000 touristes qui étaient à Zermatt ce week-end, il y a urgence à partir. Ils étaient nombreux lundi dès 6h du matin à braver le froid, la neige et l’humidité pour faire la queue devant l’office du tourisme afin d'obtenir un billet de départ. Le soleil n’était pas encore levé que les files d’attente de couples agacés et de familles impatientes avec lourdes valises et matériel de ski s’étiraient sur des centaines de mètres. «Cela va être une longue journée», souffle Antonio, sur place depuis l’aurore. Mais certains n’ont pas le choix, à l’instar de David et ses amis, qui espèrent attraper leur vol de retour pour l’Australie…

Pour les autres, cette mise à l’écart du monde, certes forcée, se vit avec une certaine légèreté. «Une nuit supplémentaire? Bien sûr. C’est la meilleure chose à faire. Nous avons assez à boire et à manger, promis! Hey, il y a pire comme endroit pour être bloqué, non?» L’enthousiasme de cette employée d’hôtel et la chambre proposée à moitié prix ne suffisent pas à faire oublier que Zermatt est en état d’alerte: le domaine skiable est resté fermé lundi, comme les sentiers balisés pour promenades en raquettes à neige et le dense réseau de randonnée hivernale. Les instructions sont claires: il ne faut pas s’éloigner du village.

La neige déversée dans la rivière

Mais c’est vrai qu’il y fait malgré tout bon vivre. Depuis la mi-journée, la centaine de restaurants et la soixantaine de bars ne désemplissent pas, et l’ambiance après-ski s’y installe dès le repas de midi. Faute d’activité plus trépidante à entreprendre, les touristes sont nombreux à se promener dans les rues, de boutiques en cafés, et à observer ceux qui œuvrent pour sécuriser les lieux.

Cela fait des jours que le ciel saupoudre Zermatt presque sans interruption. Cela donne à la station une allure de jolie carte postale, et à ses habitants beaucoup de travail. La neige est partout. Surtout où il ne faut pas. En s’accumulant, elle met la solidité des toits à l’épreuve. Alors, des hommes armés de pelles l’en évacuent, solidement arrimés à une cheminée ou… héliportés, comme il a fallu le faire pour s’occuper du toit de l’église. Obstruant chemins et voies d’accès, la neige est ensuite collectée dans des camions puis déversée dans la rivière où, enfin, elle ne dérange plus personne.

Entre ses touristes bloqués et ses travailleurs surchargés, Zermatt prend son mal en patience en attendant que tout rentre dans l’ordre. La ligne ferroviaire et la route vers Täsch resteront fermées jusqu’à mercredi en tout cas.


Menaces de crues en plaine

Les fortes précipitations de ces derniers jours combinées au redoux ont gonflé lundi les cours d’eau en plaine. Plusieurs rivières sont sorties de leur lit. En montagne, le danger d’avalanche est maximum sur une grande partie de l’Arc alpin.

Les niveaux d’eau sont montés sans discontinuer lundi sur le Plateau. Les polices cantonales ont des avis de prudence aux abords des rivières. Plusieurs ont débordé, comme l’Asse, près de Nyon, qui a inondé le terrain et les installations de Paléo, l’Arnon du côté de Champagne (VD) ou l’Areuse dans le canton de Neuchâtel. D’autres rivières ont atteint des niveaux spectaculaires et critiques sur le territoire vaudois: la Thièle entre Orbe et Yverdon, la Sarine à Château-d’Œx et la Broye à Moudon.

Evacuations dans les Alpes vaudoises

L’Aar était classé en niveau 2, soit risque d’inondation. Sur le Rhin, une alerte de crues de niveau 3 sur 5 a été émise de l’embouchure de l’Aar à l’embouchure de l’Ergolz. Le trafic fluvial a été complètement interrompu entre Rheinfelden (AG) et l’écluse de Kembs (F). Selon l’Office fédéral de l’environnement, le niveau devrait atteindre son maximum dans la nuit et baisser à nouveau mardi.

Ces pluies abondantes ont également déstabilisé les sols saturés d’eau. Les polices cantonales ont reçu des centaines d’appels pour des caves et sous-sols inondés. Le trafic ferroviaire a également été localement perturbé par des éboulements, comme sur la ligne des BLS dans l’Oberland bernois. Entre Vevey et Aigle (VD), c’est un arbre tombé sur la ligne qui a ralenti les liaisons. Des mesures préventives ont également été prises dans les Préalpes vaudoises. Une centaine d’évacuations ont aussi eu lieu sous la chaîne du Chaussy, entre le village du Rosex et les Diablerets.

La Rega a dû évacuer deux personnes dont une femme sur le point d’accoucher de la localité d’Elm dans le canton de Glaris, coupée du monde en raison de la neige. (ATS)

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