affaire kadhafi

Une juriste qui n’a pas froid aux yeux

La juriste britannique désignée par la Suisse pour siéger au tribunal arbitral chargé de l’affaire de l’arrestation d’Hannibal Kadhafi avait démissionné du Foreign Office en 2003. Pour Elizabeth Wilmshurst, l’intervention armée en Irak n’était pas légale. Portrait.

Jusqu’à sa nomination par Berne, rendue publique samedi, c’était son départ en deux temps du Foreign Office en 2003 qui avait valu une petite notoriété à Elizabeth Wilmshurst outre Manche, au-delà du cercle fermé des juristes internationaux. Si l’annonce de sa démission comme conseillère juridique aux Affaires internationales avait déjà suscité l’embarras auprès des autorités britanniques, à une époque où le débat sur la légalité de l’intervention en Irak faisait rage, la publication deux ans plus tard de sa lettre de démission avait rallumé l’incendie.

La juriste y faisait état de ses divergences vis-à-vis de la position officielle britannique dans une langue aussi claire qu’implacable: «Je regrette de ne pas pouvoir être d’accord pour dire que l’usage de la force en Irak est légal, sans une deuxième résolution du Conseil de sécurité. [...] Je ne peux pas en toute conscience continuer [...] alors qu’un usage illégal de la force de cette ampleur revient à un acte d’agression [...] avec des conséquences aussi néfastes pour l’ordre international et le règne de la loi. [...] Je dois donc quitter le Foreign Office.»

Une petite bombe C’est pour appliquer une loi sur la transparence des documents politiques que le Foreign Office avait dû finalement publier cette missive, qui avait fait l’effet d’une petite bombe en 2005. Elizabeth Wilmshurst elle-même ne s’est jamais exprimée publiquement sur le sujet, cultivant toujours la discrétion qui fait partie de son image de marque aujourd’hui.

Après 29 ans passés au Foreign Office, la sexagénaire dirige maintenant la section Droit international de la Chatham House de Londres, un «think-tank» intellectuel et politique foncièrement indépendant, actuellement dirigé par John Major, l’ancien premier ministre tory, et qui vient, pure coïncidence, de publier un long article consacré... au retour en grâce internationale du colonel Kadhafi, appuyé sur ses barrils de pétrole .

«Une juriste irréprochable» «C’est une juriste irréprochable, toujours uniquement guidée par le droit». Pour son ami et collègue Nadim Shehadi, Elizabeth Wilmshurst est une professionnelle de taille à relever un défi comme celui posé par l’arbitrage de l’affaire Kadhafi. Il faut dire qu’avoir travaillé sur la justice internationale au Rwanda, ou sur le tribunal Hariri de l’ONU atteste d’une solide familiarité avec les affaires sensibles.

«Elle est très claire dans ses analyses, c’est quelqu’un qui sait dire non, et ne perd jamais de temps». Ne pourrait-t-elle pas se sentir coincée par ce tribunal arbitral qui intervient après un accord déjà conclu? «Le processus juridique est indépendant du processus politique», souligne Nadim Shehadi, qui n’a pas l’air de trouver le délai des 60 jours imparti au tribunal arbitral complètement irréaliste: «C’est un arbitrage, il n’y pas de cadre légal à construire, ce qui permet d’éviter les complications juridiques qui peuvent durer des années dans les tribunaux bureaucratiques et procéduraux».

Enfin le précédent de sa démission contribue-t-il à donner une image positive d’Elizabeth Wilmshurst dans le monde arabe? La question est balayée: «Elle n’a que faire de la politique». Compétence, crédibilité et discrétion: parfois accusé de négligence et de légèreté dans le dossier libyen, il semble qu’avec le choix de son juge, le gouvernement suisse ait pris toutes les précautions pour être, cette fois, inattaquable.

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